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Editorial

Des sujets conditionnés:

Nous vivons une époque d’enfermement idéologique. Notre information s’est mondialisée mais selon des modalités qui favorisent l’accroche, le spectaculaire, l’émotionnel donc l’éphémère, et qui excluent le rapport humain vrai au monde, la connaissance ontologique, l’analyse critique accentuant en définitive notre confinement. Un peu comme ces touristes en car visitant une contrée étrangère sans jamais rencontrer l’habitant, n’emportant avec eux qu’une vision de cartes postales.

Le super-marché à supplanté la boutique qui privilégiait le lien interpersonnel au profit… du consommateur, jouet malgré lui d’une démarche égo-centrée. L’époque a inventé aussi, au nom de la rentabilité, l’enfermement dans la profession qui fait ignorer tout du territoire d’autrui. L’ habitat favorise pareillement le cloisonnement, chaque pavillon s’implante à distance du voisinage en déconstruisant la ville et ses vivantes rues.

Face aux difficultés du monde réel, notre humanité est battue en brèche, la plupart de nos concitoyens qui n’en peuvent plus se vengent de leur déconvenue en inculpant les autres par des jugements en définitive stériles. Les outils installés dans les foyers comme la télévision généraliste, voire le portable, sous couvert d’un relationnel routinier et rassurant, nous maintiennent à notre insu dans nos prisons mentales. (on ne citera pas ici les émissions multiples qui s’adressent «au temps de cerveau disponible» du spectateur!)

Une technologie nouvelle:

Le cinéma fut à l’origine une technique, le fruit d’une invention, le résultat de l’humaine créativité. Les premiers cinématographes filmèrent en vue de sa projection sur une toile, la nouvelle technique, c’est à dire l’avènement du mouvement issu du cheval moteur, hommage d’une technologie à sa devancière. Georges Méliès établit la jonction avec l’univers théâtral en construisant les premières fictions cinématographiques, courts récits poétiques stimulant l’imaginaire des spectateurs. Un loisir nouveau était né, susceptible de devenir loisir de masse et donc source de profits sous réserve d’élargissement des moyens de la Séduction: le Stars Système naquit avec les Studios.

Une industrie mais aussi un artisanat:

Le cinéma est donc devenu un produit de consommation courante et sa diffusion procède d’une logique mercantile et industrielle. Mais les exigences de formatage des studios sautent à ce point aux yeux qu’elles échouent à produire de vrais chef d’œuvres. C’est le cheval qui fait la beauté de l’attelage, pas le licol. Tout film est une fabrication artisanale conjuguant une pluralité de facteurs irréductibles les uns aux autres et source de créativité, l’intentionnalité de son auteur, l’écriture du scénario, la force d’interprétation des acteurs, le cadrage, le montage, l’accompagnement sonore et musical. La diversité des thématiques abordées, drame, comédie, histoire, policier, science fiction assure aussi le foisonnement, la diversité, le renouvellement.

Et, aux côtés des films calibrés pour le grand nombre, il est un cinéma d’auteur dont les racines culturelles iraniennes, algériennes, allemandes, anglaises, américaines, argentines ou françaises donnent à voir de purs joyaux cinématographiques qui ne peuvent être suspectés d’ajustement à notre sensibilité ou à nos désirs.

Le cinéma et la réalité:

Si elle n’a pas vocation à refléter la réalité, ou prétendre à l’objectivation, la production cinématographique ne saurait s’extraire de son époque. elle est une représentation du monde vue par l’auteur, particulière et intentionnelle. Mais cette représentation est destinée au public. Comme le livre, le film subit la mutation des objets pour autrui dont le sens varie selon le personnalité du récepteur. C’est un produit destiné à l’appropriation individuelle, qui s’adresse au prisme émotionnel et à la conscience subjective.

Celui qui regarde devient témoin et responsable, libre de relayer ce qui questionne et donne du sens à l’ époque, plutôt que d’enfouir ce qui dérange l’ordre établi. Ciné-fil.com ne s’attache qu’au cinéma ayant valeur humaine, aux films qui éclairent d’un autre jour le substrat sociétal. C’est un blog citoyen qui défend un idéal jamais perdu du vue, le rêve d’une société progressiste respectueuse de l’intégrité des individus à travers un choix de films apte à embellir notre vision de le vie, à promouvoir les propos qui grandissent au lieu de rapetisser..

Nourrir l’imaginaire:

Dunkerquois et employé dans la construction navale, mon père a toujours préféré à la complicité amère des bistrots, le spectacle à la fois collectif et solitaire des cinémas dont la fréquentation assidue occupait ses seuls loisirs. Chaque samedi soir impatient du spectacle, je l’accompagnais à vélo sur le porte bagage ou à pied vers une des salles obscures qui dans les années 1950, parsemaient le territoire; le Palais Jean-Bart, place de la République, le Chantecler, place Turenne, le Régent, place de l’Europe, le Cinéchic, place de la mairie de Rosendaël, le Cinélux ou le cinévog projetaient des westerns, des péplums, des policiers, autant d’aventures qui faisaient écho aux contes et légendes de mes premières lectures, nourrissaient le terrain de l’imaginaire et l’esprit chevaleresque pré-adolescent.

Et aujourd’hui comme hier, pour l’enfant ou l’adulte, le cinéma demeure un moyen d’émerveillement ou d’interpellation. Sans remplacer la lecture critique ou l’engagement militant citoyen il peut introduire des points de vue novateurs qui éclairent le champ politique et social C’est un art populaire dont le récit, inscrit dans la temporalité, acquiert parfois valeur universelle, condition d’accès à l’intemporel et au légendaire.
 

 

Jacques Deruelle

Un commentaire »

  1. famibelle dit :

    La photo qui représente une classe d adolescents qui se trouve au dessus du paragraphe parlant de notre père a été découverte par hasard au gré de tes recherches ou notre père y est il présent ? Bises ta soeur marseillaise

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