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The place behond the pines

29 mars 2013 par Jacques

Réalisé par Derek Cianfrance

Avec: Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva Mendes …

A mesure que le cascadeur approche du lieu de sa performance hors norme, l’apparence taillée au monde des forains, des signes cabalistiques autour du cou et un poignard sur la pommette gauche, gage d’une force nouvelle issue d’un rituel de renaissance,  la tension musicale s’accroît avec la même intensité à l’approche du ring, développée dans the Wrestler,  par Darren Aronofsky. Impavide avant l’exploit, Luke (Ryan Gosling) lance sa moto, sa marque de fabrique, dans une boule de fer grillagée où vont tournoyer en tous sens deux autres bécanes, chaque pilote accélérant la vitesse de ses arabesques jusqu’au vertige du spectateur. C’est le clou de la fête foraine, le spectacle de tous les dangers.

Or, Luke qui en Ville a renoué avec  une petite amie de passage, Romina (Eva Mendes)  lui  découvre un petit garçon d’un an dont il est le père, et qu’il veut assumer, prêt à changer radicalement de vie en caressant le rêve d’une tendre paternité qu’il n’a pas connu. Mais la jeune femme rangée, au côté d’un compagnon socialement intégré, ne veut plus de ce père au corps revêtu de stigmates hors du commun et d’un maillot de corps troué,  qui fascine, inquiète et laisse incrédule.  Luke trouve alors refuge auprès d’un mécanicien à l’âme cabossée qui devient son complice dans des braquages de banques, puisant dans les tiroirs caisses de quoi nourrir, indifférent aux risques, son idéal de paternité.

Bientôt, le temps se gâte entre le père nourricier et le père putatif ignorant des codes sociaux, puis entre les comparses quand le plus rusé veut décrocher à temps, Luke demeurant prisonnier de son identité addictive, comme le Driver de Nicolas Winding Refn, nourrit à l’adrénaline et surestimant sa capacité de fuir les lieux de pillage grâce à sa science du volant.

Car un braquage qui s’éternise, un démarrage entravé de la motocyclette, et un jeune flic tenace, plus chanceux que d’autres met fin à la cavale du jeune voleur.

the place behond bradley

Une porte qui s’ouvre, un destin qui bascule et la narration change brusquement de camp, pour se focaliser  sur le portrait du flic héroïque, Avery Cross (Bradley Cooper), calculateur pétri d’ambition, tétanisé par l’aura de la position paternelle, juge à la Cour Suprême. La dénonciation d’un réseau de corruption interne à la Police, vaste entreprise toujours inscrite sur le fil du rasoir, consolide son auréole vertueuse et lui ouvre les portes d’une candidature au poste de Procureur de l’État.

Nouvelle projection, 15 ans plus tard, mettant en scène les propres fils du criminel à la figure noircie mais héroïque et virtuose, et du policier carriériste, aveugle aux siens,  à la blancheur rongée par la culpabilité. Les deux lycéens, en prise avec un même démon,  les carences de la figure paternelle et le déracinement affectif  dévorant jusqu’à l’auto-destruction, s’entre-déchirent.

the place behond fils

The place behond the pines révèle les méfaits du conditionnement lié aux failles de la transmission paternelle dans le huis clos des lieux de vie, villa prestigieuse, pavillon modeste ou caravane désolée. Les acteurs de ce drame, prisonniers de leur solitude dérivent jusqu’au paroxysme du danger dans une cité cernée de pinèdes étouffantes. La folie menace à tous les étages de la hiérarchie sociale compromettant la possibilité de se faire une place au soleil. Cianfrance dépeint aussi les arcanes de la corruption au sein de l’institution policière combattue par le levier politicien, seul capable  d’établir un rapport de force salvateur.

 

 


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