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Quelques heures de printemps

29 septembre 2012 par Jacques

Réalisé par Stéphane Brizé
Avec
Vincent Lindon, Hélène Vincent, Emmanuelle Seigner, Olivier Perrier, Silvia Kahn…

A sa sortie de prison, sans foyer et sans boulot, Alain Evrard (Vincent Lindon) n’a d’autres ressources que le retour au domicile de sa mère, Yvette (Hélène Vincent) méticuleuse maîtresse d’un pavillon coquet. Ancien chauffeur routier, Alain, parce qu’il opère dans un centre de tri des déchets se sent doublement diminué: dans la demeure de la veuve, le respect de l’étiquette, fumer dehors, ranger sa chambre, essuyer les pattes du chien au retour de la promenade, indique la bonne conduite au quotidien et tient lieu d’unique relationnel.

Atteinte d’une tumeur cérébrale avec métastases, Yvette suit le traitement à la lettre, mais prévenue par des vertiges et des nausées que ses jours sont comptés, envisage, encadré par une association, le suicide assisté découvert à la télévision, plutôt que les soins palliatifs du protocole hospitalier.

Au bowling, Alain attire Clémence (Emmanuelle Seigner) mais, paralysé du langage, incapable de dire sa difficulté présente, échoue à métamorphoser les liens du corps en liens d’esprit, à l’origine des sentiments amoureux durables.

Au foyer maternel, les relations dégénèrent , le fils s’isolant dans la cuisine avec la radio quand sa mère dine dans la salle à manger avec la télévision et le cane corso de compagnie devient l’enjeu d’une sourde rivalité, jusqu’à l’inévitable rupture. Excédé par les reproches implicites, Alain à deux doigts de boxer sa mère se réfugie chez un voisin altruiste, M Lalouette (Olivier Perrier) dont l’empathie naturelle est parvenue à fendre l’univers clos d’Yvette avec laquelle il partage de longue date, des après-midi rituels à base de tasses de café, de jeu de puzzle et de succulentes compotes.

«Quelques heures de printemps», celles qui baignent l’ultime voyage vers le chalet mortuaire Suisse, explore les séquelles de la disharmonie du couple originel entre un père caractériel et brutal aujourd’hui disparu et une mère entêtée, victime des souffrances du passé, repliée sur elle-même dans son refuge domestique. Alain qui s’est identifié au père, a sombré dans une spirale dépressive, emmuré dans ses échecs avec pour seul exutoire, des accès de violence verbale où la fuite pour échapper à l’oppression des évènements.

Yvette s’est construit un univers aseptisé en réaction aux salissures de la vie mais sans réduire les tensions intérieures qui ont migré symboliquement en mélanome cancéreux. La rectitude est une posture de vie, l’ordre et la propreté un rempart, et la maladie ne conduit pas forcément selon elle, à la déchéance paternelle passée si l’on meurt debout au lieu de se laisser tomber par terre: Yvette a fait choix de mourir vivante.

Les « clés » de la maison:

A l’instant de la séparation irréversible, y a t-il des mots pour combler l’abime qui sépare une mère de son fils, des mots qui serviraient de catharsis pour le salut du vivant!

«On est pas là pour être aimés», «Mademoiselle Chambon», «quelques heures de printemps», mieux que tout autre réalisateur, Stéphane Brizé dépeint les silences, les non-dits, les occasions manquées entre des êtres figés dans leur identité et la difficulté dans l’existence de s’accommoder de deux extrêmes, la peur de l’autre à l’origine de l’auto-protection qui sclérose et l’amour d’autrui à la découverte de l’altérité qui enrichit.


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