RSS Feed

38 témoins

2 avril 2012 par Jacques

 

Réalisé par
Lucas Belvaux

Avec Yvan Attal, Sophie Quinton, Nicole Garcia

Un monstre des mers, le porte conteneurs «Andromède» arrive en rade du Havre manœuvré en finesse par Pierre Morvand (Yvan Attal), capitaine de remorqueur qui connait les passes, les obstacles et peut accoster de jour comme de nuit et par grand temps, en bon connaisseur des lieux marins et du protocole, garant de la sécurité du déchargement, un ballet réglé de centaines de conteneurs, assemblés comme un assortiment de légos d’une chambre d’enfant. Dans la mythologie, Andromède fut sauvée du monstre par son futur époux Persée, la parfaite union prenant racine dans le terreau du pur courage.

 

Mais à 2 heures du matin il n’y a pas eu de salut pour l’étudiante poignardée sous les colonnades à l’entrée de son immeuble. Elle a pourtant hurlé, du cri de la victime mutilée qui ne veut pas succomber dans le huis clos nocturne sans déchirer l’odieux silence. Aux balcons et aux fenêtres, aux étages supérieurs, nombreux ont entendu glacé jusqu’au sang, ce hurlement de la vie bafouée et vu la scène sans réagir, tous anesthésiés par ce cloisonnement spatial où chacun s’ignore et n’est plus que le spectateur de drames, à la télévision, dans le confort ouaté de son espace intérieur.

 

Effacer du béton souillé, les traces sanglantes du crime, jeter à la benne les gerbes et les bougies du mausolée éphémère, accomplir le rituel nécessaire et compatissant des obsèques afin que le quartier retrouve sa quiétude, vive «comme avant» et enfouisse dans la mémoire collective les traces du monstrueux forfait, tout fonctionnement pratique l’oubli de ce qui l’écorne.

 

Mais ce qui distingue la gerbille en cage, de l’individu dans son refuge, c’est la conscience. Pierre, retrouvant l’innocente Louise (Sophie Quinton) revenue de Chine, taraudé par le remord de n’avoir pas su porter assistance, brise le hiatus et le silence complice du quartier, confesse l’inertie collective face au drame et se dénonce à la police. Or, si la justice peut sanctionner le couard, elle ne peut rien entreprendre quand la lâcheté où l’indifférence se généralise en un véritable fait social.

 

38 témoins fait le procès d’une société sans réaction face à une agression dramatique, qui s’abstient même d’appeler les secours. La conduite héroïque inspirée du courage de dire non à une situation à un moment donné, dans l’affirmation de soi et de ses valeurs, a disparu des «logiciels». Se taire et s’abstenir pour ne pas se mettre en danger,  devient le dénominateur commun des comportements. Au risque comme le soulignait le pasteur Martin Niemöller, de ne pas être secouru en retour, selon un processus d’anomie sociale: les individus qui ont peur de tout ne sont plus maîtres de rien!

 

 


Pas de commentaire »

No comments yet.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

4 + 8 =