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De rouille et d’os

23 mai 2012 par Jacques

Réalisé par
Jacques Audiard
Avec
Marion Cotillard, Matthias Schoenaerts, Armand Verdure, Corinne Masiero, Céline Sallette.

Stéphanie ( Marion Cotillard) est dresseuse d’orques au Marineland d’Antibes et si fière de sa puissance qu’elle tapisse les murs de son appartement de posters de son imposant spectacle.

Une hautaine beauté:

En boite de nuit, elle promène son auréole narcissique et entretient avec une morgue souveraine l’adrénaline du dompteur, ne récoltant, dans ce milieu alcoolisé qu’un horion d’ un dragueur éconduit, neutralisé par Ali (Matthias Schoenaerts), un videur placide qui s’est interposé en professionnel dépourvu d’états d’âme.

Ali est venu refaire sa vie dans le sud avec Sam un fils de 5 ans, un bagage négligé, nourri pendant le voyage des reliques des poubelles du TGV et tellement privé de liens affectifs que la niche du chien peut devenir un refuge de substitution.

Ali ne connait qu’un seul langage, celui du physique, celui des poings et sa frappe se déchaine dans des combats clandestins à main nue, la violence de ses coups triomphe d’adversaires souvent plus musclés que lui pour le gain des paris et pour l’adrénaline.

Entre le videur frustre, à la virilité sèche et la charmeuse reine du ballet savant des monstres marins il y a l’ océan qui sépare les rencontres sans lendemain, à moins que les fils du destin ne s’emmêlent. Victime d’ un tragique accident, l’ Amphitrite du parc nautique se réveille à l’hôpital amputée des jambes. Ali qui ne connait pas l’inhibition physique, possède l’instinct animal capable de surmonter une mutilation en montrant à la jeune femme la voie à suivre, se baigner -le bain de la nymphe mutilée est un retour à la vie- se dorer au soleil, sortir en boite, refaire l’ apprentissage de la geste sexuelle, enfiler des prothèses et remarcher.

Mais le compagnonnage purement physique de deux êtres aussi dissemblables, que de communes secousses de la vie ont accidentellement rapproché, ne peut s’éterniser sans que naissent des sentiments.

L’épreuve aquatique:

Les poings d’ Ali extirperont d’une matrice de glace une vie mise en péril par sa désinvolture. Ali, mutilé de la pensée et du verbe et Stéphanie amputée des deux jambes forment un attelage aussi improbable que soudé par une étrange beauté, une apaisante volupté, une élégance qui s’ignore.

Jacques Audiard, s’affirme comme le cinéaste des êtres jetés au fond du trou, qui se brisent les os sans jamais succomber à la fracture et qui se sauvent après avoir frôlé le pire. La fêlure majeure, la blessure profonde révèlent le surmoi, cet instinct de vie qui peut renverser un destin jamais écrit à l’avance et qui ouvre aux esprits les plus cabossés, la possibilité toujours ouverte de la rédemption.

En toile de fonds, le cinéaste laisse poindre la question sociale, la soeur d’Ali (Corinne Masiero) illustrant en quelques phrases limpides et désabusées, une thèse emblématique de Pierre Bourdieu: le salarié qui encadre ses semblables selon le dépistage patronal croit travailler à sa promotion, mais précipite sa propre perte et déconstruit la solidarité ancestrale des exploités en excerçant la violence patronale par délégation. En regardant la chair de si près et ses drames, Audiard réveille les esprits magnifiquement.


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