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Margin Call

7 juillet 2012 par Jacques

Réalisé par J.C Chandor
Avec: Kevin Spacey, Paul Bettany, Jeremy Irons, Zachary Quinto, Demi Moore

Un quarteron de consultants en licenciements déboule à l’étage d’une grande banque d’affaires américaine pour désigner ses victimes, radiant à la hussarde 80% des effectifs de la branche trading. Une purge colossale destinée à choquer les esprits des 33 rescapés et stimuler toujours d’avantage le culte de la performance.

Avant de quitter la place, son carton sous le bras et la promesse reçue de 6 mois de salaires pour tout pécule, un conseiller financier âgé transmet à son jeune collègue une clé USB contenant son analyse des risques financiers encourus par la firme, aux conclusions inquiétantes! Le jeune prodige affine le modèle mathématique agglomérant l’ activité spéculative de la banque. Son portefeuille de titres spéculatifs -les MBS, ou fameux emprunts hypothécaires- s’est développé de façon exponentielle au mépris d’un plafond, le taux de risque d’impayés couvert par les actifs de la banque. Virtuellement déjà en faillite, la firme s’effondrera si l’information fuite.

Margin call, c’est l’appel de la marge, celle qui compense la perte d’une mise de fond sur un titre qui s’est déprécié et que doit verser son propriétaire au courtier. C’est cette opération qui, appliquée à la firme, signerait sa perte.

Évoquant dans la forme le chef d’œuvre de Sidney Lumet, douze hommes en colère, ou le délibéré d’un jury d’assises statuant sur un cas de parricide, le film de JC Chandor s’attache au huis clos nocturne des cadres réunis par le PDG pour tirer la banque de ce mauvais pas et se convaincre de la bonne solution, se débarrasser massivement des titres nocifs dans un temps record – 90 minutes chrono- un délai propre à abuser les marchés financiers. Appâtés par la récompense d’un confortable bonus, les traders encore en poste opèrent, le matin venu, tous scrupules remisés. Au réveil des marchés, les acheteurs de ces titres pourris seront eux, ruinés.

Hier encore, les meilleurs ingénieurs ou mathématiciens construisaient des ponts ou des avions. Aujourd’hui, ils officient à Wall Street pour gagner des millions de dollars en manipulant des chiffres sur un clavier d’ordinateur, comme nos énarques dont l’honneur était de servir l’État et qui trouvent désormais plus juteux de pantoufler au sein des conseils d’administration des entreprises du CAC 40. Le mot valeur est assez polysémique pour expliquer ce changement de pied.

A l’image de la femme de ménage coincée dans l’ ascenseur entre deux agents de change, l’homme de la rue ne se doute pas que la faillite d’une économie peut se jouer à l’étage d’un building à l’ambiance feutrée, lieu permanent d’une gigantesque partie de poker menteur.


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