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Les neiges du Kilimandjaro

11 décembre 2011 par admin

Réalisé par
Robert Guédiguian
Avec
Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan
A l’instar de Ken Loach ou des frères Dardenne, Robert Guediguian demeure fidèle à ses engagements en faveur du peuple ouvrier et à son quartier de naissance l’Estaque, filmé en sociologue, trouvant l’inspiration dans une puissante lignée qui relie sous un même idéal, une pareille humanité, Victor Hugo dont le poème les pauvres gens tiré de la légende des siècles inspire le motif de son dernier film, les neiges du Kilimandjaro, et Jean Jaurès figure mythique du syndicalisme ouvrier, exceptionnel de verbe courageux, première victime sacrifiée à la domination d’une idéologie guerrière en Europe, le 31 Juillet 1914.

Délégué syndical CGT, Michel (Jean Pierre Daroussin) suivi par Raoul son beau-frère (Gérard Meylan) tire au sort par souci d’équité les 20 salariés -dont lui-même- licenciés par la direction des docks Marseillais. Une perte d’identité brutale compensée par des tâches culinaires et ménagères, le bricolage d’entraide familiale et la perspective d’un voyage au pied du Kilimandjaro offert par les copains du pré retraité forcé, pour l’anniversaire de son mariage avec Marie-Claire (Ariane Ascaride). Mais les membres des deux familles sont assaillis par deux malfaiteurs, attachés, molestés et dépouillés de leur carte bancaire, des billets d’avion et du pactole pour la Tanzanie. Or, quand Michel découvre l’identité d’un des agresseurs, c’est l’ univers entier de ses convictions qui s’écroule.

La classe ouvrière n’est plus, son ciment s’est lézardé sous le poids de difficultés matérielles extrêmes. Un clivage de génération s’est installé entre les ouvriers en fin de carrière, propriétaires d’un petit pavillon et les jeunes en galère dans leur HLM, sans parenté responsable, insensibles à toute conscience de classe et préoccupés uniquement de satisfaire leur besoin. Le risque est grand alors que ce clivage désigne l’ennemi puis exacerbe à la faveur d’un fait divers, la haine de l’autre. Guediguian a l’intelligence de nous dévoiler les deux faces d’une même réalité sociale, les tourments de la victime désemparée, le cynisme de l’agresseur indifférent à tout ce qui n’est pas la protection immédiate de ses petits frères, empêchant toute identification simpliste aux idéologies de l’exclusion.

Ariane Ascaride trouve le fil pour sortir du chaos des tensions provoquées par cette agression et ses suites judiciaires et sa démarche nous bouleverse, exprimant l’espoir d’une humanité qui se reforme. Chercher à comprendre  quand tout vous pousse à juger et à condamner c’est permettre à la conscience de dominer l’instinct, à l’humain en nous de triompher de son animalité. Sans rien retrancher des nécessités de sanctionner la responsabilité individuelle, les neiges du Kilimandjaro nous invitent à réfléchir aux mécanismes à l’origine des situations sociales qui dégénèrent!

NB: «ouvrez une école, vous fermez une prison» Victor Hugo.

«Et dans tous les pays européens, en Allemagne comme en France, en Autriche comme en Espagne, la politique intérieure est incertaine, confuse, flottante, entre une démocratie libérale ou radicale dont les forces d’élan s’épuisent et qui a peur des idées générales et une démocratie socialiste et ouvrière encore inorganique, trop faible encore et trop divisée pour imprimer aux événements sa marche vigoureuse et définie. Ce n’est que par la force d’idées claires et vastes que les nations échapperont à ces incertitudes épuisantes et à ces crises.» Jean Jaurès- 6 Novembre 1911.


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