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L’Apollonide : souvenirs de la maison close

23 novembre 2011 par admin

réalisé par Bertrand Bonello

avec Hafsia Herzi, Céline Sallette, Jasmine Trinca plus

Drame  –  Français  –  2h02

Un hôtel particulier au décor voluptueux digne d’une toile de Toulouse Lautrec, peuplé de filles aux courbes délicieuses, celles immortalisées par le pinceau de Courbet ou Renoir, la délicate musique, ce chant des fées, émise par la caresse des doigts sur le verre de cristal, l’Apollonide est le paradis de la sensualité, monnayé à l’appétit des bourgeois. Mais une rose blanche perd discrètement ses pétales sur le guéridon, en signe d’extinction. Un monde va s’éteindre en effet, celui des divans profonds de Beaudelaire (l’apôtre précurseur des liens entre la beauté et le mal), du french cancan, des années folles, victime des vents sanguinaires de la première guerre mondiale, des vents où plutôt des appétits de domination territoriales.

Couvent ou Bordel, c’est finalement la même solidarité qui règne ici, entre la nouvelle qui dévoile ses charmes à tous pour n’être prisonnière d’aucun, celle qui rêvant d’une émeraude offerte pour sa délivrance, rencontre un tortionnaire sadique, celle qui ne monte pas sans sa pipe d’opium et d’oubli, celle qui devient une merveille de poupée quand il faut, celle qui découvre les stigmates de la syphilis et sa propre fin. En apparence toujours gironde, la tenancière prend soin d’un établissement qui n’est pas conçu pour l’abattage. Les passes quotidiennes font l’objet d’un suivi médical, hygiène et soins corporels sont réglementés. Propreté et parfum sont des clés du métier. Et on ne sort qu’accompagné, ensemble pour un pique nique de bord de rivière,rare moment de pure joie de vivre.

Car Bertrand Bonello ne s’y est pas trompé, c’est d’amère aliénation qu’il s’agit. Au rendez vous du sexe tarifé il n’y a pas d’avenir possible, tant le bourgeois, esclave de sa jouissance, finit par mépriser l’objet de sa jouissance (au lieu de se mépriser lui-même). La prostituée version 1900 est assimilée au criminel par la taille du cerveau selon la vulgate anthropomorphique de l’époque!

Aujourd’hui, la condamnation bien pensante à simplement changé de forme. La France d’hier, a fermé ses maisons de tolérance gênantes dans le paysage urbain, comme celle d’aujourd’hui a chassé des boulevards cossus, la prostitution en réprimant le racolage. Mais le proxénétisme hôtelier est toujours vivace, les escorts girls accompagnent quand il faut le gratin financier, sportif ou politique et la criminalité organisée s’est emparée d’une armée d’esclaves du sexe à la périphérie des grandes Villes,.

Toute société n’est jamais corrompue que par deux facteurs de domination masculine, l’argent et le  sexe.


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