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‘Social’ Category

  1. Qui vive

    décembre 20, 2014 by Jacques

    Réalisé par Marianne Tardieu

    Avec Reda Kateb, Adèle Exarchopoulos, Rashid Debbouze…

    Qui vive façonne le portrait d’un agent de sécurité toujours sur ses gardes à la porte d’un super marché, tenaillé par le doute à cause d’une mauvaise cravate, d’un excès de fermeté ou de mansuétude vis à vis des fraudeurs. Trentenaire, Chérif (Reda Kateb) est porteur d’un idéal plus élevé, signer après trois échecs, son entrée en école d’infirmiers. Pour l’heure, entre son désir de demeurer en phase avec ses potes de jeunesse, son identité passée et de faire triompher  ses aspirations individuelles, son identité rêvée, synonyme d’une incommunicable évasion, sa vie personnelle est plombée par sa situation sociale, hébergé chez les parents dans une cité qui l’a vu naître. Entre les immeubles HLM, certains baguenaudent le soir en bande, s’exercent aux menus larcins prélude à de futurs trafics, d’autres jouent au foot-ball porteur d’une image positive, à défaut de perspectives valorisantes. Chérif le doux, aimé des enfants dont il s’est occupé dans le cadre d’un petit boulot au Collège,  rencontre une animatrice du centre de loisirs Jenny (Adèle Exarchopoulos) une jolie artiste à ses heures, qui excelle au dessin et conçoit des animations sur ordinateur. Bonheur fugace, une bande de jeunes charrie le vigile sur son lieu de travail, reproche implicite d’une forme d’assimilation jalousée puis le provoque physiquement devant sa compagne, manière d’asservir à un processus de référence au quartier, la violence. Pour la défense de son intégrité sociale fragile, Chérif fait appel à son ami de toujours, un caïd  délinquant, Dedah ( Rashid Debbouze) capable de mettre un terme au harcèlement mais au risque d’enclencher un engrenage malfaisant.

    qui vive couple

    Les surfaces commerciales édifiantes parmi les pelouses au cœur de l’ancienne cité de transit réhabilitée, forment le symbole d’une société inaccessible. Braquer les enseignes, c’est prendre sa revanche pour qui a fait choix de sortir de la pénurie au moyen de la délinquance. Chérif lui, tente de s’insérer dignement ne fût-ce que par la petite porte. Mais, issu du même creuset que ses frères, il danse sur une corde raide jamais assuré de sa trajectoire, réussir haut la main son concours ou échouer menotté dans un commissariat de police! Et comment se comporter face aux plus jeunes qui menacent votre virile assurance, entravent votre cheminement et vous ramènent en arrière? Marianne Tardieu filme le parcours aléatoire d’un aspirant sincère à l’intégration sociale mais handicapé par le sentiment de n’être que le maillon faible de la chaîne. Reda Kateb visage ambivalent à la fois doux et marqué, incarne avec brio ce funambule plus à l’aise en survêtement qu’en costume, tourmenté par le choix des bonnes réponses aux enjeux professionnels. Sur le visage de ce grand comédien se lit ici toute la difficulté de devenir un lauréat, porteur des stigmates de la vie en « banlieue ».

     

     

     

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  2. Bande de filles

    novembre 29, 2014 by Jacques

    Réalisé par Céline Sciamma

    Avec Karidja Touré, Assa Sylla, Mariétou Touré, Lindsay Karamoh, Idrissa Diabaté…

    Depuis la fureur de vivre, peinture d’une révolte fondatrice contre l’autorité paternelle, le cinéma a multiplié au sein de la famille, de la cité ou de l’université, les angles de vues sur la question de l’émancipation de la jeunesse, entre malaise et violence (la haine), la mixité sociale (entre les murs), l’initiation amoureuse (la boume) jusqu’aux extrêmes, la dérive sanglante schizophrène  (Elephant) et la bouffonnerie régressive (Américan pie). Dans le sillon de l’esquive d’Abdellatif Kechiche, prodigue d’effets narratifs subtils et réalistes, Céline Sciamma (Tomboy) poursuit son analyse inspirée de la construction identitaire d’adolescentes en suivant les pérégrinations d’une bande de filles en banlieue parisienne.

    bande de fille vic

    L’entrée au Lycée barrée par de faibles résultats scolaires, un frère aîné tyrannique, seule figure patriarcale dans un foyer bruyant, un appartement au sommet d’une tour, une mère absorbée par son métier de femme de ménage, la charge domestique d’une petite sœur, Marième (Karidja Touré) vit à seize ans une intense déception quand elle croise une bande de filles également d’origine africaine, postée en vigie à la porte du Collège et gentiment provocatrice. Au contact des trois meneuses en rupture de banc scolaire, elle libère sa chevelure, se pare de vêtements de couleurs chapardés dans les grands magasins valorisant sa féminité, première étape de sa mue identitaire. La bande devient le substitut affectif aux carences familiales et la chambre d’hôtel louée, le refuge ou les corps se libèrent à l’unisson, dans le vertige de la danse, sur un tube de Rihanna et puis s’endorment agglutinés comme des chiots apaisés sur une litière. La délinquance affleure aussi, et le racket de collégiennes intimidées finance les trajets en RER vers la Capitale. Marième devenue Vic, Adiatou, Fily et Lady croisent dans le Métro ou le Snack d’autres bandes pour se défier aussitôt, se toiser verbalement. Le besoin d’affirmation engendre également des bagarres ritualisées entre doges jusqu’à l’humiliante défaite de la rivale diffusée sur You Tube. Vic qui a démontré son ascendant dans un combat de ce genre  s’émancipe d’avantage en perdant sa virginité tout en repoussant  la normalisation par le mariage,  reflet du stéréotype maternel.

    bande de fille danse

    « T’es qui toi », « c’est quoi ta vie », au delà du paraître, les protagonistes de bande de filles sont questionnées en profondeur par l’être et le devenir. La réalisatrice s’attarde sur l’itinéraire de Vic, enrôlée par un caïd, devenue dealeuse pour soirée branchée , un personnage endossé comme une identité à l’essai qui peut tourner court ou ouvrir la voie à la délinquance dure, à la prostitution.  Le passage de l’état d’adolescence à l’état adulte apparaît alors comme une succession  d’expériences initiatiques, un parcours d’obstacles pour celles empêchées très jeunes de « faire comme tout le monde ». A défaut d’institutions, la personnalité s’édifie au sein de la bande et s’émancipe au grand air de la tentation commune, la société de consommation. Bande de fille est une épure très fine de l’adolescence marginalisée socialement qui doit sa sincérité  à la spontanéité des interprètes non professionnelles.

     

     

     

     

     

     


  3. The immigrant

    janvier 9, 2014 by Jacques

    Réalisé par James Gray

    Avec Marion Cotillard, Joaquin Phoenix, Jeremy Renner…

    Petit fils Fils d’immigré Russe, James Gray consacre son dernier long métrage à la représentation de l’immigration européenne aux États-Unis, un thème à la fois constitutif de sa propre identité et au fondement de la civilisation américaine. Et le constat politique est sévère: le mythe d’une Amérique accueillante et éclairant le monde de ses valeurs est mis en pièces, le parcours sombre d’une jeune immigrante révèle une société désolidarisée où la corruption règne en maître au détriment des plus faibles, où l’argent roi est indispensable pour acheter sa liberté, l’argent gagné par tous les moyens, ou volé par la soubrette comme le policier véreux et raciste, tabassant un «sale youpin». En somme, la statue de la liberté qui trône à l’embouchure de l’Hudson (sous la brume) ne serait que le faux nez d’un pays livré au non droit, à la compromission et au règne du chacun pour soi…

    Deux sœurs orphelines et fusionnelles, Ewa et Magda fuyant la Pologne et ses pogroms débarquent à New York en 1921 parmi des milliers d’immigrants regroupés tel… un cheptel à la sélection. L’arrivée sur la terre promise apparaît semée d’embûches: Magda réputée malade est mise en quarantaine dans une cellule d’Ellis Island et sa sœur menacée d’expulsion faute d’une adresse d’accueil crédible. Familier de ce terminal portuaire regorgeant de néophytes misérables et sans défense. Bruno (Joaquin Phoenix) un prédateur, repère pour les besoins de son commerce, une beauté isolée et fragilisée après avoir monnayé le scénario noir. Il emmène Ewa (Marion Cotillard) dans un cabaret offrant en attraction des saynètes de filles dénudées, une atteinte aux bonnes mœurs tolérée dans un contexte de prohibition, avec la complaisance des principaux clients, bourgeois égrillards et débauchés.

    the immigrant

    Malmenée dans le cargo en proie à la promiscuité et piégée à terre, Ewa renonce à défendre sa chasteté condamnée à réunir une grosse somme d’argent pour libérer sa sœur, son idée fixe, sacerdotale. Le magicien Orlando (Jeremy Renner) qui n’a d’yeux que pour la jeune femme, lui offre une planche de salut inaccessible, la lointaine Californie. Une proposition témoignant d’un amour sincère ou d’une envie de contrecarrer les desseins de Bruno, son cousin, rival artistique et en séduction.

    Mais aussi funeste soit le destin, il n’est jamais entièrement désespéré: la femme pécheresse au visage de Madone parle la langue, signe d’une volonté d’intégration et refuse de capituler même en découvrant la dissolution des liens du sang avec les compatriotes parvenus. Tenir à autrui plus qu’à soi permet-il d’être sauvée, d’offrir la rédemption à la sortie de ce drame du début du vingtième siècle? Le volontarisme individuel triomphant de l’arbitraire est l’autre versant du mythe américain. James Gray rend hommage au réalisme social d’un Fellini, la séquence du pugilat jusqu’à la sortie de prison rappelle directement l’antagonisme du fou et de l’hercule de foire du film la strada, et Bruno au visage anéanti par l’aveu de sa culpabilité égale en intensité le masque de Zampano, dans la magistrale scène finale révélant un monstre éprouvé par un sentiment d’humanité. Invitée sur scène à exprimer son rêve d’Amérique, Ewa essuie un tombereau d’injures: c’est la plus chaude…, un dollar en levrette…, viens t’asseoir sur mon phare, liberté…, «rôle» qu’elle personnifie en tenant une lampe de mineur! Dans le droit fil des récits de Dickens ou Zola, le cinéaste développe la parabole d’une violente gestation, celle d’une petite polonaise angélique et vaillante qui traînée dans la boue, se relève intacte dans sa foi et ses valeurs, donnant la leçon à son diabolique mentor et finalement à sa terre d’asile.

     

     

     

     


  4. Louise Wimmer

    février 17, 2012 by Jacques

    film français de Cyril Mennegun, avec Corinne Masiero, Jérôme Kircher, Anne Benoît

    Le cinéma s’est souvent emparé du thème de la déchéance sociale sous l’angle de la sanction de comportements individuels, le désordre amoureux, -l’ange bleue-, la faiblesse de caractère, -Barry Lindon- ou l’accident et l’alcool, -l’assommoir-. Ken Loach, Robert Guediguian ou les frères Dardenne l’ont relié au cadre économique et politique en offrant aux victimes une planche de salut par la lutte, comme un artifice capable de réconcilier la classe ouvrière avec elle-même, -les neiges du Kilimandjaro-. Louise Wimmer de Cyril Mennegun porte un regard d’une autre nature sur le déclassement, froidement clinique, sans rechercher ni la culpabilité du sujet ni sa rédemption. La déchéance sociale n’est plus l’engrenage monstrueux d’une descente aux enfers, -sans toit ni loi-, elle peut banalement s’insérer dans le quotidien de tout un chacun comme l’a rappelé avec force Malaurie Nataf et ce constat de la quasi normalisation de la précarité dans une société donnée n’en est pas moins effrayant.

     

    A presque cinquante ans, divorcée, Louise dort dans le coffre de sa voiture familiale, frêle armure dans le tissu urbain d’une grande ville. Elle se réveille, enfile ses tennis, va au bistrot qui reçoit son courrier, boit un café  réglant une partie de son ardoise, se lave dans les toilettes et rejoint son emploi de femme de chambre d’hôtel avec dix minutes de retard. Séduire le gérant comme la nouvelle recrue pour obtenir un travail à temps plein? Elle n’y croit plus Louise, elle est à peine aimable avec les autres, fermée toujours, même avec ses potes de tiercé ou son épisodique amant qui ne tire rien d’elle, hors de la galipette. Du box d’un parking contenant ses derniers meubles, elle prélève les biens monnayables au crédit municipal, pour jongler avec les créanciers. Louise croise son ex mari et sa fille en étrangère, sans s’appesantir sur son infortune. Sa voiture est le support vital et seule une panne pourrait l’atteindre. Elle attend un logement locatif depuis 7 mois, un logement, pas un entretien avec une assistance sociale! Elle fait tout ce qu’il faut pour se maintenir au quotidien, remplit son réservoir en siphonnant du carburant, se nourrit en pique assiette dans les snacks, panse le spleen d’un soir en se saoulant de bière, ou s’éclate au son de la musique de Nina Simone.

     

    La précarité pour Louise Wimmer n’est pas une déchéance, une prison, une voie sans issue. C’est un combat quotidien, identique à celui du malade dans sa maladie, forcément solitaire car on n’a pas d’énergie à distribuer, pas plus qu’on en reçoit de ceux qui ne possèdent que les repères sociaux traditionnels. L’itinéraire de Louise bat en brèche le concept de solidarité suggérant que certains mots clés ne sont là que pour habiller d’un voile rassurant, l’inacceptable.

     


  5. Le Havre

    janvier 3, 2012 by Jacques

    Réalisé par

    Aki Kaurismäki
    Avec
    André Wilms, Kati Outinen, Jean-Pierre Darroussin

    Pour rester proche du peuple et fidèle aux préceptes du sermon sur le montagne, Marcel Marx, qui sait enjoliver le réel à l’aide de doctes sentences gagne encore son pain, la soixantaine passée en cirant chaque jour les chaussures des passants dans les rues du Havre, arborant le flegme de ceux qui eurent leur content de gloire ou de reconnaissance dans un lointain passé d’écrivain saltimbanque. Ce vécu a façonné un personnage jamais atteint par les avanies du temps présent, comme la mesquinerie du gérant d’un grand magasin qui le chasse de sa devanture, mais cet interdit est inopérant et il sera bravé plus tard, avec cette obstination propre aux petits métiers qui, depuis Charlot, ont appris à s’adapter aux contraintes de la rue. Marcel a rencontré et épousé sa muse, Arletty, destinatrice le soir, des euros gagnés, gardienne attentive des économies destinées au portefeuille des honnêtes gens, la boite en fer blanc du buffet, et il a trouvé dans le quartier des dockers, une petite maison comme point d’ancrage avec un bistrot proche pour s’offrir l’apéro du dîner et retrouver la fraternité de ses semblables.

    Tandis que sur les docks, un conteneur abritant des Maliens de tous âges est repéré par un vigile puis encerclé par un escadron de gendarmerie, un enfant parvient à s’échapper et à se cacher de la police dans les appontements du quai. Désormais, c’est un chien perdu sans collier que Marcel apprivoise alors, en lui apportant discrètement quelque nourriture et héberge, quand sa femme malade est hospitalisée. Dès lors, le cireur de chaussures va exercer son altruisme naturel , visites quotidiennes à l’épouse et bouquets de fleurs maladroitement justifiés: «je les ai eu à bas prix….euh, au contraire, elles ont coûté cher» et recherche active en parentalité pour l’enfant noir tombé du ciel. Avec son vieux costume pour tout viatique et la bonne foi du charbonnier, Marx écume les camps de migrants de Calais et Dunkerque et découvre que la mère est réfugiée à Londres. La ténacité récompense le miséricordieux. Suffira t-elle à faire passer clandestinement le gamin en Angleterre, au prix d’une somme astronomique, quand pressé par le Préfet de mettre la main sur le fugitif, l’inspecteur Monet à l’affût dans un quartier où il a ses aises, est renseigné par un voisin mal intentionné?

    Fable humaniste, le Havre raconte la mobilisation d’une poignée de voisins solidaires – nouveaux justes- pour cacher et conduire à bon port un enfant noir sans papiers échoué là, par hasard. Mais son réalisateur finlandais Aki Kaurismäki évite soigneusement d’appuyer sur le trait de l’engagement militant, préférant suggérer ici ou là, un déploiement démesuré des forces de l’ordre, la manipulation de l’opinion (« les clandestins: des liens avec Al Quaïda », titre Paris Normandie) et laisse au spectateur vigilant le soin de s’étonner de la mobilisation inverse de l’appareil de l’État, Préfet en tête, pour stopper la cavale d’un gamin. A la manière du Marseillais Robert Guediguian développant un scénario politique ou sentimental dans le creuset d’un microcosme, Kaurismäki construit une réalité mythique à l’ambiance délicieusement surannée plus proche de l’imagerie des romans de Simenon, du cinéma des années 50 auxquels s’apparentent les principaux lieux de vie imprégnés d’austérité, le foyer des Marx, le bistrot, la boutique ou la chambre d’hôpital. Les personnages forment une typologie sublime, Jean Pierre Léaud en mouchard aigri, Arletty tenant debout par miracle avec sa robe de lumière et son mari qui avance sans se poser de questions dans un jeu de chassé croisé avec un flic fouineur et ambiguë, partagé dans son identité professionnelle. Des tableaux ciné-géniques comme ce cerisier en fleurs aperçu dans « la colline aux adieux » ou les lumineuses retrouvailles des époux fâchés, Mimie et little Bob dont la résurrection sur scène est un des joyaux du film, rendent hommage à la tradition attachante du cinéma romantique. Le Havre, c’est la soupe populaire d’un réveillon fraternel dont les plus modestes sont les héros: http://www.youtube.com/watch?v=88-GIdGS2-I


  6. Les neiges du Kilimandjaro

    décembre 11, 2011 by admin

    Réalisé par
    Robert Guédiguian
    Avec
    Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan
    A l’instar de Ken Loach ou des frères Dardenne, Robert Guediguian demeure fidèle à ses engagements en faveur du peuple ouvrier et à son quartier de naissance l’Estaque, filmé en sociologue, trouvant l’inspiration dans une puissante lignée qui relie sous un même idéal, une pareille humanité, Victor Hugo dont le poème les pauvres gens tiré de la légende des siècles inspire le motif de son dernier film, les neiges du Kilimandjaro, et Jean Jaurès figure mythique du syndicalisme ouvrier, exceptionnel de verbe courageux, première victime sacrifiée à la domination d’une idéologie guerrière en Europe, le 31 Juillet 1914.

    Délégué syndical CGT, Michel (Jean Pierre Daroussin) suivi par Raoul son beau-frère (Gérard Meylan) tire au sort par souci d’équité les 20 salariés -dont lui-même- licenciés par la direction des docks Marseillais. Une perte d’identité brutale compensée par des tâches culinaires et ménagères, le bricolage d’entraide familiale et la perspective d’un voyage au pied du Kilimandjaro offert par les copains du pré retraité forcé, pour l’anniversaire de son mariage avec Marie-Claire (Ariane Ascaride). Mais les membres des deux familles sont assaillis par deux malfaiteurs, attachés, molestés et dépouillés de leur carte bancaire, des billets d’avion et du pactole pour la Tanzanie. Or, quand Michel découvre l’identité d’un des agresseurs, c’est l’ univers entier de ses convictions qui s’écroule.

    La classe ouvrière n’est plus, son ciment s’est lézardé sous le poids de difficultés matérielles extrêmes. Un clivage de génération s’est installé entre les ouvriers en fin de carrière, propriétaires d’un petit pavillon et les jeunes en galère dans leur HLM, sans parenté responsable, insensibles à toute conscience de classe et préoccupés uniquement de satisfaire leur besoin. Le risque est grand alors que ce clivage désigne l’ennemi puis exacerbe à la faveur d’un fait divers, la haine de l’autre. Guediguian a l’intelligence de nous dévoiler les deux faces d’une même réalité sociale, les tourments de la victime désemparée, le cynisme de l’agresseur indifférent à tout ce qui n’est pas la protection immédiate de ses petits frères, empêchant toute identification simpliste aux idéologies de l’exclusion.

    Ariane Ascaride trouve le fil pour sortir du chaos des tensions provoquées par cette agression et ses suites judiciaires et sa démarche nous bouleverse, exprimant l’espoir d’une humanité qui se reforme. Chercher à comprendre  quand tout vous pousse à juger et à condamner c’est permettre à la conscience de dominer l’instinct, à l’humain en nous de triompher de son animalité. Sans rien retrancher des nécessités de sanctionner la responsabilité individuelle, les neiges du Kilimandjaro nous invitent à réfléchir aux mécanismes à l’origine des situations sociales qui dégénèrent!

    NB: «ouvrez une école, vous fermez une prison» Victor Hugo.

    «Et dans tous les pays européens, en Allemagne comme en France, en Autriche comme en Espagne, la politique intérieure est incertaine, confuse, flottante, entre une démocratie libérale ou radicale dont les forces d’élan s’épuisent et qui a peur des idées générales et une démocratie socialiste et ouvrière encore inorganique, trop faible encore et trop divisée pour imprimer aux événements sa marche vigoureuse et définie. Ce n’est que par la force d’idées claires et vastes que les nations échapperont à ces incertitudes épuisantes et à ces crises.» Jean Jaurès- 6 Novembre 1911.


  7. Omar m’a tuer

    juin 28, 2011 by admin

    De Roschdy Zem
    Avec Sami Bouajila, Denis Podalydès, Maurice Bénichou
    Français – Drame, Policier
    1h25 – produit en  2010

    En 1991, ghislaine Marchal est découverte assassinée dans la cave de sa villa. Une inscription «Omar m’a tuer» écrite avec son sang sur la porte, envoie Omar Raddad, son jardinier marocain, en prison. Il sera condamné à 18 ans d’incarcération pour ce meurtre, par la cour d’Assises puis par la Cour d’appel, avant d’être gracié, 7 ans plus tard, par Jacques Chirac. Porté à l’écran par Roschdy Zem «Omar m’a tuer» décrit le processus policier et judiciaire qui s’abat sur le coupable désigné, un arabe illettré. Et pourtant les zones d’ombres ne manquent pas, les incohérences sautent aux yeux. De la sanglante dénonciation, au mobile supposé du crime (le vol), à la sauvagerie du meurtre, à l’absence de toute trace de l’assassin prétendu sur la victime, ou sur les lieux du crime.

    Un écrivain parisien, Jean Noël Vaugrenard va se révolter contre cette justice sommaire et mener sa propre enquête, celle que les gendarmes n’ont pas su ou pas pu mener, au foyer d’une si riche héritière. Voltaire et l’affaire Calas, Zola et l’affaire Dreyfus, l’histoire se répète quand la justice n’est plus l’équité, il faut le talent d’un écrivain humaniste pour secouer le système judiciaire.

    Deux vérités se font face, tout au long du film. Denis Podalydès incarne avec élégance l’académicien Jean Marie Rouart. Les étapes de son enquête à Nice alternent avec les séquences du procès dominé par Maurice Bénichou alias Jacques Vergès défenseur de Raddad, plus vrai que nature, verve acide comprise (« c’est la première fois que je défends un innocent »!). Comédien exceptionnel, Sami Bouajila (Omar Raddad) exprime à la perfection les tourments intérieurs de la victime toute désignée par les préjugés de notre époque. Toujours digne mais fragile, respectueux des règles, bon père et bon époux mais … analphabète et d’origine maghrébine! Alors coupable Raddad? C’est invraisemblable! Mais la justice, institution régalienne, peine tellement, comme à Outreau, à reconnaître ses erreurs !

    NB : une demande de révision du procès fondée sur la découverte non exploitée de deux traces d’ADN masculines différentes sur le corps de la victime a été rejetée par la garde des sceaux Rachida Dati.


  8. The Company Men

    avril 11, 2011 by admin

    Réalisé par John Wells
    Avec Tommy Lee Jones, Ben Affleck, Chris Cooper
    Britannique , américain – Drame
    1h52 – produit en 2010

    Selon un scénario ultra libéral désormais répandu, un grand groupe américain décide de se séparer de sa branche industrielle pour améliorer ses résultats comptables et le cours de ses actions. C’est un succès, la cotation en bourse  de «GTX»  grimpe en flèche et le PDG augmentera sa rémunération. «The Company Men» choisit de traiter du passif de ce mercantilisme outrancier, en soulignant la perte des repères et les dégâts humains provoqués par ces vagues de licenciements.

    Avec pour tout bagage, un carton des objets personnels sous le bras, un cadre commercial de 37 ans,  Bobby Walker (Ben Afleck) est brutalement congédié . Le directeur  vieillissant de la branche industrielle  Phil Woodward (Chris Cooper) et le  co-fondateur de la firme, Gene Mc Clary (Tommy Lee Jones)  critique de la ligne stratégique, sont également mis à la porte.  C’est la fin du rêve américain pour Bobby privé de  la porche, de la villa, du compte en banque bien garni et du  précieux club de golf. Pour Phil, c’est le cauchemar d’un impossible reclassement.

    Cette remise en cause des identités, ces meurtrissures narcissiques subies, conduiront certains au drame ou à la résurrection selon le degré de la confiance en soi et le soutien de l’entourage. Déchu socialement et désormais manœuvre dans l’entreprise artisanale de son beau-frère Jack Dolan (Kevin Costner),  Bobby retrouvera sa dignité en perdant sa suffisance.  Et Gene tentera de démontrer avec la foi du pionnier que d’une friche industrielle peut naitre une entreprise à visage humain. Un premier film de John Wells sensible et intelligent  sur le déclassement des nantis.


  9. Ma part du gâteau

    mars 24, 2011 by admin

    Réalisé par Cédric Klapisch
    Avec Karin Viard, Gilles Lellouche, Audrey Lamy
    Français – Comédie dramatique
    1h49min – produit en 2011

    C’est au sens propre, la tranche du gâteau d’anniversaire au goût amer.
    Ce jour là, Audrey (Karin Viard), la maman est hospitalisée à la suite d’une tentative de suicide en réaction à son licenciement. Un découragement vite surmonté. Audrey est une battante qui quitte Dunkerque pour Paris, tournant le dos au mirage de la résistance syndicale dans l’entreprise, vérification faite du manque d’empathie de son ex, mais la solidarité familiale établie, avec le frère qui gardera les enfants. Elle trouve là- bas un emploi de femme de ménage.

    Au sens figuré, c’est la part du profit réalisé par Steve (Gille Lelouche) trader à la Cité de Londres, muté à Paris pour diriger un fonds spéculatif. Pur produit du système bancaire, c’est un prédateur dans la spéculation et en amour, qui conquiert au pas de charge. Or, ces deux trajectoires individuelles, celle de l’ouvrière et du golden boy , exacts opposés sur l’échelle sociale vont bien sûr se rencontrer dans l’appartement de Steve. Quand Steve, obsédé par le seul ballet des taux de change sur l’écran d’ordinateur  et les courbes des marchés financiers, reçoit la garde d’un jeune fils oublié, sa femme de ménage pourvoit aux carences paternelles manifestes et assure avec l’aptitude d’une mère accoutumée, la prise en charge de l’enfant. Alors un rapprochement s’opère entre les protagonistes, Steve n’offrant à une Audrey un instant énamourée, que  les seuls attributs de sa puissance, le carnet de chèque et la couette.

    Mais Cédric Klapisch  n’est pas dupe de la réalité sociale et le scénario du conte de fée s’interrompt aussi brutalement qu’un licenciement. Et d’imaginer même une confrontation  entre le pilote de la ferrari qui a provoqué la faillite et les grévistes de l’usine délocalisée. Au final, c’est la douche froide, menottée au fond d’un fourgon de CRS, l’ouvrière finira sa course vengeresse. (La Ville de Calais du film « welcomme » est toute proche!)

    Si on est très loin avec « ma part du gâteau » d’un film militant ou d’un pamphlet antilibéral, on appréciera qu’un film grand public ait su croiser pour en souligner les qualités et les défauts deux comportements sociaux à l’origine de la lutte des classes, issus du capital et du travail, sans manichéisme aucun. On appréciera aussi la virtuosité de la caméra complice des rigodons au premier rang des acharnés du carnaval, s’éloignant tel un goéland dans le ciel de la plage de Malo-les-bains, fixant les canards du plan d’eau du Courghain, ou égrenant les conteneurs en rade sur les docks. Comme un verre de marc à la brume, consolant et régénérateur,  « ma part du gâteau » peut  contribuer  à réveiller, sous le masque de la comédie, quelques consciences éteintes.


  10. Fighter

    mars 20, 2011 by admin

    Réalisé par David O. Russell
    Avec Mark Wahlberg, Christian Bale, Amy Adams
    Américain – Biopic , Drame
    1h53 – produit en 2010

    Un boxeur amateur, conseillé et entraîné par une famille de pieds nickelés peut-il  devenir champion du monde?  Micky semble ballotté au sein d’une famille dominée par la mère, véritable harpie et, dans l’ombre tutélaire du grand frère Dicky,  ne dispute que des combats foireux. C’est alors qu’il tombe dans les bras d’une autre walkyrie, Charlène qui veut relancer sa carrière. Micky doit-il  rompre avec le matriarcat familial pour amorcer son salut ? Il semble bien que oui, au sortir d’une mauvaise bagarre provoquée par les pratiques interlopes de Dicky.

    Mais rien n’est convenu dans ce film bouillonnant et exalté.

    Dicky, l’aîné est tombé en enfer depuis, qu’ancien boxeur, il fit chuter sur le ring, Ray Sugar Robinson en personne. Un fait d’arme qui lui permet, de circuler en caïd célébré par tous. Mais pas de guérir les blessures d’une carrière  et d’une vie ratées, soignées à la cocaïne. C’est en prison, c’est à dire au fond du trou que Dicky amorcera sa renaissance,  en retrouvant le sens de la lutte et le sentiment de sa responsabilité.
    Fighter, où le triomphe de la fraternité conte l’histoire  de deux frères, leur réussite, leur rédemption  et celle d’une famille qui, a force de pugilats, atteint son but sans exclusion et sans ruptures. Une magnifique leçon de vie dans l’univers de la boxe !