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La strada

6 août 2013 par Jacques

 

Réalisé par Federico Fellini

Avec: Anthony Quinn, Giulietta Masina, Richard Basehart…

 

Dans le tissu de la mémoire d’un cinéphile, quelques dizaines de chefs d’œuvre seulement laissent l’empreinte indélébile de quelques scènes, résumant à elles seules l’alchimie singulière d’un récit et son interprétation. Le cinéma offre ainsi ces séquences uniques en agissant sur les cordes sensibles de nos émotions. La scène finale de la strada projeté en 1955 appartient à la mythologie du septième art. C’est une séquence de détresse instinctive, à la splendeur inégalée. Chassé d’un bistrot sans ménagement, la nuit venue, Zampano (Anthony Quinn) titube sur le sable jusqu’à la marée pour laver son visage tuméfié. Brisé par l’ivresse, il tombe à genou, jette au ciel et alentours sa face sauvage et désemparée mais n’entend que le silence et, submergé par le chagrin, le rustre solitaire pour la première fois sanglote.

la strada la roulotte

Quelques années plus tôt, sur une plage de dunes, l’aînée d’une famille très pauvre, Gelsomina (Giulietta Masina) interrompt sa cueillette de joncs de mer pour partir sur les routes avec cet hercule de foire venu stipendier un faire valoir pour son numéro, et le pécule inespéré versé à la mère indigente nourrira pendant quelques semaines la jeune fratrie. Simple et ingénue, la jeune femme qui parle aux arbres et écoute pousser les artichauts, embarque dans une vieille roulotte-moto pour accomplir son rêve de devenir saltimbanque, comme sa sœur aînée, disparue. Mais son compagnon, habile bonimenteur dans son numéro de briseur de chaînes, de bourgades en bourgades, se révèle aussi frustre que grossier, buveur et débauché.

la strada la chaine

 

Chaque rencontre est pour lui, l’occasion de manigances et pour la candide jeune femme, source d’émerveillement. L’attachement qu’elle manifeste pour son primitif geôlier ressemble à un acte de contrition (si je ne reste pas avec lui, qui restera!), et par fidélité responsable (même un caillou est utile!), elle renonce aux prémices d’un bonheur entrevu dans un cirque ambulant ou dans un couvent ayant offert l’hospitalité à cet étrange attelage. Au fil du temps, la jeune incrédule s’érige en vrai clown et en trompettiste douée, reproduisant la mélodie fétiche du cirque: do, si do si mi… entendue au violon interprétée par le fou (Richard Basehart) acrobate, funambule et facétieux inspirateur, croisé sous un chapiteau, à Rome.

la strada musique jongleur

Mais la femme objet n’appartient qu’à Zampano soudain jaloux et possessif. Sa haine pour ce rival qui brocarde en public le numéro de force, s’accentue jusqu’au désir d’en découdre et d’effacer les humiliations et les moqueries avec les poings voire au couteau. Le drame surviendra comme par accident et la flamme qui animait la cervelle candide de Gelsomina s’éteindra jusqu’à l’inéluctable. Un matin d’hiver, à la sauvette, le forain abandonne sa partenaire, lassé de voir sur sa mine défaite, le poids de la culpabilité.

la strada giuliette lui opuvre un oeil

Réalisé par Federico Fellini, la strada nous plonge dans le milieu contrasté du cirque ambulant qui sillonne l’Italie de l’immédiat après-guerre, avec d’un côté les numéros de rue, tours de force, d’acrobaties et duo de clowns, n’offrant qu’un rude moyen de gagner sa vie et de l’autre, les attractions rassemblées sous chapiteau, drainant un public plus large. Mais la magie développée n’est qu’apparente entre des artistes aux potentiels inégaux et aux liens tourmentés. Avec la force comme seul atout, Zampano n’est qu’une brute taciturne indifférent à la générosité innocente de sa partenaire prédisposée à la poésie et au baroque du métier de saltimbanque. Le goût du risque inconsidéré y compris dans la provocation pour le fou, le sens du sacrifice et de sa propre éphémérité pour celle qui aurait pu devenir étoile et la tendance à rechercher l’abêtissement chez le dernier des protagonistes forme la matrice de ce drame évocateur du caractère absurde qui préside parfois aux destinées humaines..

la strada au café

 

 

 

 

 


2 Comments »

  1. Tarantino dit :

    Le premier des trois chefs-d’œuvre du début des années cinquante, avec, Il Bidone et Les Nuits de Cabiria, et formant une trilogie appelée « films de la Rédemption »et qui traduit une évolution du réalisateur vers une sorte d’individualisme fantastique après une première période plutôt néoréaliste et préfigure aussi le voyage spirituel de « La Dolce Vita ».

  2. brahim dit :

    Tu m’as donné envie de le revoir.
    Je vais chercher sur le web. Merci pour ton analyse.
    Brahim

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