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Amour

30 novembre 2012 par Jacques

Réalisé par Michael Haneke

Avec Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert

Octogénaires, Anne (Emmanuelle Riva) et Georges (Jean Louis Trintignant), mènent l’existence paisible d’un couple de lettrés, anciens professeurs de musique, unis par un même amour des arts, elle jetant sur toute chose un regard lumineux et subtil lui enluminant le quotidien de ses récits cocasses et distanciés, et qui heureux d’une soirée de concert au théâtre des Champs Élysée, prendrait bien un dernier verre avant le coucher, pour s’entendre répliquer avec une douce ironie, «fais comme chez toi».

la conversation sereine du petit déjeuner ritualisé autour d’un œuf à la coque est interrompue pourtant, Anne faisant montre d’une soudaine et inhabituelle paralysie de l’attention, d’une aphasie inquiétante comme un signe avant coureur. Quelques semaines plus tard, opérée de l’artère carotide, Anne regagne son appartement en chaise roulante, paralysée du côté droit, refusant à l’avenir toute hospitalisation synonyme de dépossession. D’abord hésitant, Georges s’engage dans un pacte conforme à l’éthique de solidarité du couple, et consent, en responsabilité au bouleversement des conditions de la vie commune.

Et pour tenter de freiner l’essor de la maladie, Georges devient aide soignant au quotidien, obligeant la patiente à faire quelques pas, l’enlaçant en un tango à la fois digne et pathétique et change un matin sans sourciller, la robe de nuit trempée par une crise d’énurésie. Puis quand les lésions cérébrales s’accentuent et la démence gagne, il faut nourrir le conjoint de purées agrémentées de jus de pêche, donner le biberon, le bain, peigner, poser même les couches culottes, étendre la crème contre les escarres, vaincre les réticences de celle qui encore un brin lucide ne veut plus se nourrir pour en finir puis quand la folie s’accentue, apaiser les plaintes et les angoisses. Le fardeau de la prise en charge continuelle devient si lourd qu’une infirmière vient en renfort puis une seconde bientôt récusée pour inaptitude au dévouement.

Georges s’enfonce peu à peu dans la spirale orgueilleuse d’une prise en charge physique totale, moyennant quelques soutiens extérieurs qui lui vident le portefeuille. Sa propre fille Eva (Isabelle Huppert) témoin gênante de la déréliction du foyer est tenue à l’écart selon une logique mortifère d’auto-protection. L’opulent intérieur agencé pour l’activité intellectuelle et le repos de l’esprit, se vide alors de son sens, donnant le spectacle d’un huis clos sordide et du chaos qu’un cauchemar avait préfiguré en forme d’ultime avertissement du subconscient. Mais Georges est enchaîné à son double, entraîné par son dévouement obstiné, vers la démence! Un pigeon trop curieux devient une sorte de doudou symptôme d’un sentiment de solitude névrosé et le récit de cette capture est consigné dans un cahier d’écolier, révélateur d’un besoin maladif de soliloquer.

A la manière d’un scientifique balayant sous le microscope l’échantillonnage d’un tissu pour en mesurer tous les composants, Michael Hanneke observe et décrit avec une glaçante précision le processus de marginalisation d’un couple qui ne s’est crée que pour lui même, prisonnier de son univers esthétisant, écartant même sa progéniture, réfractaire à l’hospitalisation ou aux enterrements des amis, pratique sociale jugée insane.

Présent tout au long d’une vie de couple, l’amour construit des raisonnements. Comment conclure une existence commune sous la menace d’une pathologie mortelle? Sans enfants, André Gorz fit le choix du suicide avec sa femme Dorine. «Quelques jours de printemps» affiche le même besoin d’un terme provoqué pour demeurer vivant et digne jusqu’au bout. Sous le verre grossissant d’une effroyable caméra, Georges et Anne sont quand à eux, les acteurs consentants d’un drame sordide.

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Un commentaire »

  1. Brahim dit :

    Je n’avais pas envie d’y aller mais près avoir lu ton commentaire, j’irai voir ce film quand il repassera à Barbezieux.

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