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Lady Chatterley

2 juillet 1997 par admin

Certain films à leur sortie font scandales ; « la religieuse » ou « le journal d’une femme de chambre » ont par exemple choqué à l’époque, parce qu’ils osèrent dépeindre les travers de la bourgeoisie ou de la religion. Or le cinéma joue son rôle quand il expose ces travers sociaux, moraux ou politiques, en provoquant un débat qui éclaire notre conscience.

Le film ou la version télévisée de « Lady Chatterley et l’homme des bois », dont le roman fut si calomnié jadis, par les ligues puritaines, poursuit un ambitieux dessein. Le statut conjugal de la femme, pilier de l’aristocratie anglaise du 19ème siècle, va opérer une véritable mue, à travers une expérience amoureuse qui a valeur de démarche initiatique. La libération sexuelle qui lève tabous et interdits n’a pas ici l’hédonisme comme seule finalité. Au bout du chemin, affranchi des convenances de classe, un couple improbable se construit dans le respect des identités. Ce film enchanteur possède la dimension d’un anti-conte pour adulte, avec sa reine et son roturier. « La belle au bois dormant » ou « le petit chaperon rouge » dissimulent sous la fable, un désir de transgression de l’innocence. Ici le désir trouve à s’incarner et la virginité, fait remarquable, se perd dans le cadre d’une mésalliance de nature révolutionnaire, car c’est la reine qui « épouse » le roturier!

Il faut dire que Lord Chatterley est frappé d’impuissance masculine, symbole du déclin de l’aristocratie. Mais, administrant la rente foncière il ne doute jamais de la primauté de sa caste : « A quoi cela sert-il d’éduquer les ouvriers, ils sont bêtes et ignorants énoncera-t-il! ». Le Comte, paraplégique, a installé en son château un ordonnancement dans lequel son épouse lui tient lieu de faire valoir. Ce confinement ne peut que consumer la vie. Pour conquérir sa liberté, lady Chatterley va fuir peu à peu, pour retrouver le goût de l’élan vital. La terre peut redonner le goût de vivre à qui sait apercevoir le gracieux écureuil, la belle jonquille ou entendre le chant des oiseaux. Le spectacle naturaliste, magnifiquement filmé, va conduire l’héroïne sur la voie du désir charnel et de l’initiation sexuelle. Le maître mot ici est la réceptivité au monde, incluant le désir mais aussi le souci de l’autre. La grandeur du film et son romantisme aussi sont de montrer d’autres ébats que ceux de la perversion égocentrique. Le plaisir des amants ici est moins de recevoir que de donner et de partager des joies libératrices comme de courir nus sous la pluie. Ce rituel païen exprime un retour aux sources de l’authenticité.

« Lady Chatterley et l’homme des bois » n’exalte pas la licence mais la liberté, il nous conte une histoire en apparence scabreuse en vérité profondément morale et digne. Au pied d’un arbre (symbole de la connaissance dans la genèse) les amants vont nouer un pacte qui conclue l’histoire. Ce serment nous enseigne que le désir et la passion ne sont que des étapes pour construire un lien nouveau fait de corps, d’esprit et de cœur, un lien dans lequel l’autre, va compter plus que soi, un lien d’amour véritable.

 


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