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L’exercice de l’État

6 novembre 2011 par admin

réalisé par Pierre Schoeller

avec Olivier Gourmet, Michel Blanc, Zabou Breitman

Français  –  Drame

1h52  –  produit en 2011

Des serviteurs masqués agencent le bureau ministériel à la manière d’un rituel d’initiation, puis une sylphide s’avance nue et se glisse dans la gueule d’un monstre tapi sur le parquet: le décorum, la séduction et le désir nourrissent le pouvoir, c’est à dire Léviathan. Ce rêve de bureau, du Ministre des transports Bertrand Saint-Jean (Olivier Gourmet), grand et riche de significations métaphoriques, est brutalement interrompu à 2 heures du matin par un appel téléphonique du Directeur de Cabinet (Michel Blanc). Dictature de l’événementiel,  le Ministre doit séance tenante se rendre en hélicoptère sur les lieux d’un accident de car, flanqué de sa Conseillère en communication (Zabou Breitman). L’exercice consiste dans l’urgence, à afficher devant caméras et micros, l’émotion et la solidarité des pouvoirs publics.  Une communication réussie conforte la cote de popularité et pérennise la carrière du Ministre, le cabinet a pour tâche de labourer ce terrain là, en continue.

Sans appartenir au sérail des grands corps de l’État et dépourvu de fief électoral, Saint Jean a hérité d’un Ministère technique où sa rassurante bonhomie peut être utile dans l’adversité des confrontations avec les usagers où les syndicats. C’est  un modéré, presque un humaniste conscient du déficit de crédibilité de la parole politique qui rêve aussi de plénitude, peut-être d’atténuer sa coulpe en se rapprochant du peuple. Un soir, il s’invite à la table de son chauffeur, intérimaire recruté pour un mois dans le cadre d’une mesure d’affichage, sans parvenir à nouer une relation de confiance, même au prix d’un relâchement grotesque.  Isolé aussi, au sein d’un gouvernement ultra- libéral, mais lucide, il professe que «le pays vit en état de catastrophe larvé et que le gouvernement y est pour quelque chose», ne se résout pas à la privatisation annoncée  des gares et prédit qu’il ne se «planquera pas derrière son costard». Son Directeur de Cabinet  pense le contraire: «cette réforme sera votre acte de naissance».

En suivant l’intense parcours d’un Ministre de second rang, «l’exercice de l’État» dresse le portrait d’une oligarchie entièrement dominée par la parole du «PR*», asservie à son idéologie, où les expériences humaines les plus fortes sont de peu de poids et les doutes intimes sur la conduite des affaires, balayés par les diktats de la stratégie présidentielle. Le Ministre joue son rôle au théâtre des marionnettes, psalmodie à l’ église un discours d’hommage, faute d’avoir pu le lire, toujours suivi comme son ombre par les éminences grises du Cabinet, chargées de décoder l’actualité des rivalités médiatiques, par portables ou SMS, de formater la parole publique consacrée par sondage et d’adapter en temps réel, les postures du patron . C’est vertigineux, criant de vérité et pour conclure au besoin démocratique d’achever un tel cycle politique, exact reflet du nôtre, très efficace.

* Président de la République selon la  «novlangue» des communicants


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