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La vie des autres

6 juin 2007 par admin

Ce film superbe réveille nos consciences. Le totalitarisme n’est pas une abstraction, c’est une réalité. Il sévissait à nos frontières en 1984, il sévit toujours, il a toujours ce visage hideux. Et nous fermons encore les yeux, nous continuons d’accueillir les oligarques et les despotes, épinglant même à leurs revers, des légions d’honneur. Ce qu’on appelle le réalisme économique implique que les peuples opprimés ne peuvent guère compter sur la solidarité internationale pour se défaire de leurs chaînes. En Russie, au Maroc, en Libye en Chine et autres pays érigés en « partenaires économiques », les droits de l’homme sont foulés aux pieds mais le prix du silence de l’occident est inscrit à la balance commerciale en achat d’avions, en vente de pétrole. Il faut s’interroger sur notre capacité à nous émouvoir (le temps d’un film ?) mais en ne faisant rien d’autre que de déléguer aux institutions internationales, le soin d’agir. Le despotisme qui sacrifie le faible au fort sur l’autel du système marchand a encore de beaux jours !

L’intérêt du film réside notamment dans la galerie des portraits qui se croisent. Comment se comporter dans un monde totalitaire, quand les règles du jeu social ont fait place nette à l’arbitraire le plus absolu, quand tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains de la police politique. La plupart se résignent et se couchent (comment les en blâmer!). Ceux qui n’ont pas aboli toute conscience tentent de fuir vers l’eldorado (franchir le mûr) ; d’autres –peu nombreux- organisent la résistance. Ceux là sont pourchassés, broyés voire poussés au suicide par un système politique destructeur méthodique de ses élites et de l’intelligence de son peuple.

L’héroïne du film consent à la compromission, servant d’objet sexuel aux puissants pour prix de l’exercice de son métier. L’amour ici n’est pas rédempteur. Il est sacrifié sur l’autel de la survie individuelle. Mais le film nous enseigne que la survie acquise dans les conditions de la lâcheté débouche sur la culpabilité. Et ce sentiment est insupportable.

Le héros écrivain est confronté au dilemme de l’engagement dans la révolte au pouvoir en place ou dans l’acceptation de ses subsides. Il ne tranchera qu’à la fin, ce nœud gordien, pris de remord par le sacrifice de son ami. Avant cela,  il n’est pas entré dans une opposition active au régime, mais il peut basculer, il est donc l’esprit qui menace le régime et qu’il faut soumettre à la surveillance policière. Il incarne la part d’humanisme qui survit aux années de plomb pour la nécessité du témoignage.

Tout aussi fascinant est le capitaine de la Stasi. Il est la froide mécanique dévouée à l’idéologie, le Docteur Aue des Bienveillantes. Mais le film ne dit pas ce qui fonde l’étrange conversion du personnage,  chasseur puis ange gardien. Cette transfiguration ne résulte pas d’une lecture critique de l’idéologie et son appareil répressif. Peut-être naît-elle de la découverte de l’intimité amoureuse d’un couple qui tranche avec l’austérité et la vacuité de sa propre existence. L’inquisiteur devient le sauveur du couple qu’il devait perdre en retournant au passage, les méthodes de l’oppression. La force du film est de donner à voir la possibilité de cette victoire du bien sur le mal dans un individu, dés lors que change le sens de ses actes, en s’appuyant  sur les valeurs humaines. Au risque de la déchéance… Mais cet ancien bourreau qui a perdu tout pouvoir et son statut  social retrouve, au travers d’une dédicace, un bien autrement précieux, l’estime de soi. Cette réhabilitation d’un homme, que tisse la destinée, nous touche au plus profond.


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