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Le train siffera trois fois

3 novembre 2012 par Jacques

Réalisé en 1952 par Fred Zinnemann
Avec
Gary Cooper, Grace Kelly, Katy Jurado, Thomas Mitchell, Lloyd Bridges

Avec ses grands espaces traversés par des convois de colons sous la menace des attaques de peaux rouges et la protection des tuniques bleues, ses troupeaux de buffles ou de bisons, peuplant la vaste prairie, ses cow-boys à cheval et, reliées par la chevauchée des diligences ou saluées par le sifflement du cheval vapeur, des villes en gestation entre les rocheuses, aux prises dès que se polarisent les fonctions urbaines porteuses d’enjeux incarnées par le temple, le saloon, la banque ou la boutique, à des conflits opposant l’ordre au désordre, l’équité ou l’avidité, tranchés dans les rues poussiéreuses, battues par le vent du désert charriant les buissons desséchés, par l’ordalie toujours renouvelée du duel au revolver, le western s’est imposé au cinéma comme l’emblème d’une Amérique qui se fonde dans un théâtre où triomphent les valeurs individuelles.

En épousant Emma Fuller (Grace Kelly) une apôtre de la non violence, William Kane (Gary Cooper) troque l’insigne de chérif pour un avenir de commerçant quaker. Perspective de bonheur aussitôt rebattue: le télégraphiste de la gare annonce par le train de midi, le retour au pays de Franck Miller, un psychopathe sorti de prison flanqué d’une bande de tueurs, venu se venger de son arrestation et refaire main basse sur la ville.

A l’inverse du juge qui fuit avec sa malle pleine des instruments d’une justice encore balbutiante, Kane décide de faire front mais la milice privée lui fait défaut, tétanisée par le danger et sa jeune épouse, heurtée de plein fouet dans son idéalisme pacifiste, le quitte. «Si toi aussi tu m’abandonnes, il ne me restera plus rien» sinon à vivre douloureusement le court laps de temps qui sépare du retour des forces diaboliques. La ville, libérée jusque là de ses démons et quadrillée dans son filet de protection par les pérégrinations scrupuleuses du représentant de l’ordre, devient alors une prison pour lui, quand toutes les portes se ferment, celles du temple comprises, réfugié dans sa prudente neutralité.

La ville de l’ouest est un espace social sans véritable solidarité et son destin oscille entre droiture et luxure, deux manières opposées de prospérer. Mais, dans la tradition du western, l’amour est une force salvatrice, la tenancière du bar le plus recherché, qui fut l’amie de Kane, Hélène Ramirez (Katy Jurado), la femme en noir, quitte une ville en perdition non sans ébranler le dogmatisme de sa rivale, la femme en blanc, passage de témoin entre l’âpre expérience de la brutalité de l’époque et l’innocence rudoyée par elle.

Le courage du chérif est bousculé par une réalité de plus en plus menaçante, à mesure que s’égrainent les minutes, mais à midi, quand le train siffle trois fois, le héros pour vaincre se pare des armes de la ruse, une valeur héritée de la mythologie antique à l’origine de la stratégie du faible au fort, guerrier d’Horace contre les Curiaces. Il faut dire qu’Emma est venue à temps lui prêter main forte, cimentant dans l’adversité l’union du couple, seul pilier tangible dans la société américaine de la conquête de l’ouest.

Le train sifflera trois fois fait l’éloge du couple américain, l’axe majeur d’une idéologie de la réussite et instaure la typologie du héros fragilisé par la défection généralisée de son entourage. Au final, William et Emma Kane qui sont les rescapés victorieux d’une double condamnation, celle des tueurs et celle de leurs concitoyens disparaissent, en laissant la cité à son examen de conscience. La ballade romantique et dépouillée de John William qui accompagne le film a contribué à sa légende.


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