Mud- Sur les rives du Mississippi

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Réalisé par Jeff Nichols

Avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Jacob Lofland, Sarah Paulson, Sam Shepard, Reese Witherspoon

A l’embouchure du fleuve géant Mississippi échouent les sédiments de la civilisation américaine, un ventilateur neuf, un collier de perles égarés entre les coques et les huîtres dans la vase qui obstrue les chenaux vernaculaires parsemés d’îles inhospitalières, infestées de serpents. Toujours à la merci d’une inondation, le bayou dissimule des familles de pêcheurs marquées du sceau de la déréliction et de la désillusion, vivant dans des habitats flottants précaires d’où s’échappent en canot, deux adolescents de 15 ans, en quête d’aventures de trésors et d’espérance, Ellis et Neckbone, comme les héros de Mark Twain, fuyant l’enfermement et le désamour.

Abordant un îlot perdu, ils découvrent un bateau perché dans un arbre et son mystérieux occupant, Mud, fascinant Robinson à l’épaisse chevelure, au corps buriné revêtu de tatouages censés protéger du mauvais sort, les légendaires morsures de serpents venimeux et flanqué aussi d’un pistolet bien réel sous la chemise pour se préserver peut-être de morsures plus humaines.

Plutôt que de fuir le vagabond, les enfants décident d’aider le réfugié à remettre à flot le petit yacht, pari technique improbable s’il n’était porté par un défi plus grand encore, le sauvetage d’une destinée amoureuse, celle des contes de l’enfance, qui ferait pièce à la réalité d’un milieu amphibie poisseux. Mais Jennifer, la femme aimée qui doit disparaître avec Mud à cause d’un meurtre, n’a rien d’une Vestale capable de vivre une passion idéalisée depuis l’enfance!

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Sur les rives du Mississippi aborde avec maîtrise la question vitale de la contagion des comportements dans un écosystème en voie d’extinction. Ellis et Neckbone, victimes associées par les mêmes carences familiales s’identifient au combat d’un grand frère esseulé et mobilisent tout leur courage et leur ingéniosité pour que triomphe enfin la chimère amoureuse. Peine perdue! Les ravages viennent de l’idée surélevée que l’on se fait d’autrui. Faut-il croire ou pas à l’amour d’une femme, Jeff Nichols laisse accroire à l’alchimie du creuset des lieux de vie. D’abord réticent au déménagement, Ellis, riche d’une expérience qui a rompu le sortilège des enfants en proie au bayou, croisant l’attention d’une jeune fille, découvre une raison de croire aux lendemains heureux au pied de son nouvel immeuble! Car le monde qui s’éteint là, dans le delta d’un fleuve n’appartient qu’aux adultes capables de réveiller la sordide chasse nocturne à l’homme, propre aux États du Sud  cristallisée en  une hallucinante, blafarde et violente séquence finale de tir aux pigeons, légitimation troublante de la souveraineté de l’arme à feu, au service de la rédemption des exclus.

The place behond the pines

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Réalisé par Derek Cianfrance

Avec: Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva Mendes …

A mesure que le cascadeur approche du lieu de sa performance hors norme, l’apparence taillée au monde des forains, des signes cabalistiques autour du cou et un poignard sur la pommette gauche, gage d’une force nouvelle issue d’un rituel de renaissance,  la tension musicale s’accroît avec la même intensité à l’approche du ring, développée dans the Wrestler,  par Darren Aronofsky. Impavide avant l’exploit, Luke (Ryan Gosling) lance sa moto, sa marque de fabrique, dans une boule de fer grillagée où vont tournoyer en tous sens deux autres bécanes, chaque pilote accélérant la vitesse de ses arabesques jusqu’au vertige du spectateur. C’est le clou de la fête foraine, le spectacle de tous les dangers.

Or, Luke qui en Ville a renoué avec  une petite amie de passage, Romina (Eva Mendes)  lui  découvre un petit garçon d’un an dont il est le père, et qu’il veut assumer, prêt à changer radicalement de vie en caressant le rêve d’une tendre paternité qu’il n’a pas connu. Mais la jeune femme rangée, au côté d’un compagnon socialement intégré, ne veut plus de ce père au corps revêtu de stigmates hors du commun et d’un maillot de corps troué,  qui fascine, inquiète et laisse incrédule.  Luke trouve alors refuge auprès d’un mécanicien à l’âme cabossée qui devient son complice dans des braquages de banques, puisant dans les tiroirs caisses de quoi nourrir, indifférent aux risques, son idéal de paternité.

Bientôt, le temps se gâte entre le père nourricier et le père putatif ignorant des codes sociaux, puis entre les comparses quand le plus rusé veut décrocher à temps, Luke demeurant prisonnier de son identité addictive, comme le Driver de Nicolas Winding Refn, nourrit à l’adrénaline et surestimant sa capacité de fuir les lieux de pillage grâce à sa science du volant.

Car un braquage qui s’éternise, un démarrage entravé de la motocyclette, et un jeune flic tenace, plus chanceux que d’autres met fin à la cavale du jeune voleur.

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Une porte qui s’ouvre, un destin qui bascule et la narration change brusquement de camp, pour se focaliser  sur le portrait du flic héroïque, Avery Cross (Bradley Cooper), calculateur pétri d’ambition, tétanisé par l’aura de la position paternelle, juge à la Cour Suprême. La dénonciation d’un réseau de corruption interne à la Police, vaste entreprise toujours inscrite sur le fil du rasoir, consolide son auréole vertueuse et lui ouvre les portes d’une candidature au poste de Procureur de l’État.

Nouvelle projection, 15 ans plus tard, mettant en scène les propres fils du criminel à la figure noircie mais héroïque et virtuose, et du policier carriériste, aveugle aux siens,  à la blancheur rongée par la culpabilité. Les deux lycéens, en prise avec un même démon,  les carences de la figure paternelle et le déracinement affectif  dévorant jusqu’à l’auto-destruction, s’entre-déchirent.

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The place behond the pines révèle les méfaits du conditionnement lié aux failles de la transmission paternelle dans le huis clos des lieux de vie, villa prestigieuse, pavillon modeste ou caravane désolée. Les acteurs de ce drame, prisonniers de leur solitude dérivent jusqu’au paroxysme du danger dans une cité cernée de pinèdes étouffantes. La folie menace à tous les étages de la hiérarchie sociale compromettant la possibilité de se faire une place au soleil. Cianfrance dépeint aussi les arcanes de la corruption au sein de l’institution policière combattue par le levier politicien, seul capable  d’établir un rapport de force salvateur.

 

 

Sugar Man

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Réalisé par Malkik Bendjelloul

AvecSixto Díaz Rodríguez, Stephen Segerman, Dennis Coffey…

 

Pour un artiste, la réussite n’est pas une fée qui récompense mécaniquement le talent. Le génie pour être reconnu doit se mesurer à son milieu avant de prospérer, sur le modèle de ces carrières prestigieuses formatées dans les grandes écoles. L’artiste méconnu est celui qui tourne le dos à ses semblables, parfois par vanité souvent par modestie. L’isolement conduit à l’anonymat. L’ascension poétique de Rimbaud est inséparable de Verlaine, son mentor et des artistes de son temps. Il en va de même du surréalisme dont la propagation est le fruit d’un collectif d’auteurs avec ses inspirateurs et ses disciples.

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L’essor de la musique folk est aussi l’œuvre d’un réseau d’artistes. Joan Baez donna ses premiers concerts sur le campus de son université, où elle fut repérée par les maisons de disque après avoir mis sous le charme, l’échantillon parfait de son futur public. La jolie soprano, disque d’or à 20 ans adoube un inconnu, Bob Dylan et lance le duo au festival de Newport, haut-lieu de la culture folk contestataire. L’adhésion des anciens tels Pete Seeger ou Woody Guthrie lance les carrières et nourrit les expériences musicales vectrices d’émancipation future. Ainsi, une fois atteints les premiers succès, Dylan tourne le dos aux différents courants qui l’avaient porté, refusant au nom de sa libre évolution musicale, d’assumer les idées et les artistes qui jalonnèrent sa route.

Mais, un auteur compositeur autodidacte et engagé, dépourvu du statut social qui donne confiance en soi (le père de Joan était physicien), peu doué pour l’ambition qui forge les carrières, inconnu du milieu de ses pairs, celui qui éveille l’aptitude à l’entregent, pouvait-il, dans les années 60, 70, accéder à la notoriété sans l’appui des marchands du temple? La réponse, est un formidable pied de nez à la stratégie de l’industrie de la commercialisation des talents. Dans le foisonnement de la production musicale, le public parfois, s’affranchit du formatage mercantiliste et promeut ce qui véritablement pour lui, fait sens: l’amour demeure dans une société sous le joug, une liberté irréfragable.

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Il fallait la divination d’un Suédois aux semelles de vent, Malik Bendjelloul pour dénicher l’histoire extraordinaire de Sixto Rodriguez, chanteur poète de la Ville portuaire de Détroit du Michigan,
repéré en 1969, dans un bar par un petit label Sussex, qui d’enthousiasme, enregistra deux albums «Cold Fact» puis «Coming from Reality» lesquels, dépourvus de relais marchands dans un espace saturé, n’atteindront jamais le public américain. A cette époque, on fabriquait du gospel blanc (Peter Paul and Mary au surnom biblique) pour supplanter l’authentique gospel noir (Odetta…).

Mais, nul n’étant prophète en son pays, ces 33 tours remarquables échouent à 15 000 kilomètres du berceau de leur procréation, en Afrique du Sud, en proie dans les années 70 à l’ Apartheid, doctrine issue du colonialisme qui vise à écarter du pouvoir la majorité noire sous développée au profit de la minorité blanche sur développée.

La jeunesse Afrikaner contestataire adopte les ballades protestataires de Sixto Rodriguez, hymnes à la misère conçus à même la pauvreté des docks, appels aux réveils des consciences face à l’oppression. Éternel chant magnifique des exclus, intemporel et universel, d’un Léo Ferré en France, d’un Jean Ferrat ou même d’un Renaud portant le message pacifique et vital du combat en faveur des droits de l’homme, pour éveiller les consciences endormies.

De Johannesburg au Cap, la popularité du chanteur, auréolée de la légende étrange de son suicide sur scène est immense, égalant celle des Beatles, de Simon et Garfunkel et atteint même les rives de l’Australie. En 1996, deux Sud Africains, l’un disquaire, l’autre écrivain enquêtent sur le mystère de cette disparition et, remontant jusqu’à Détroit la filière des maisons de disques, retrouvent la trace du chanteur, à travers sa fille, sensibilisée par un appel lancé sur la toile.

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Sixto Rodriguez maçon en Amérique dans une entreprise de démolition, se découvre icône, lors d’une tournée improvisée aux pays de Nelson Mandela. A l’aéroport, ce géant de modestie et d’empathie s’écarte d’une limousine qui lui est destinée, craignant de rayer avec ses bagages, la carrosserie. Et comme dans un conte de fées, ce quinquagénaire métissé, coutumier dans un passé lointain révolu, du maigre auditoire des bars enfumés de sa ville, est propulsé devant un auditoire survolté de 5 000 spectateurs qu’il remercie avec les mots qui font mouche, d’avoir maintenu en vie  l’artiste, dont le destin n’est jamais scellé, son aboutissement irréductible au temps et aux modes incombant finalement au public.

Récompensé au festival de Sundance, le documentaire «Sugar Man» fait aujourd’hui florès en Europe et aux États Unis, par un juste retour du balancier. Sixto Rodriguez, qui marque par son humilité foncière, prenant en photo souvenir, le journaliste de l’express qui l’interviewe, entame en 2013, une tournée mondiale, Sixto Jésus Rodriguez, ainsi rebaptisé par ses fans, d’une empreinte messianique que l’artiste septuagénaire, tout de noir vêtu sur scène, à demi aveugle, ne peut pas démentir.

Amour

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Réalisé par Michael Haneke

Avec Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert

Octogénaires, Anne (Emmanuelle Riva) et Georges (Jean Louis Trintignant), mènent l’existence paisible d’un couple de lettrés, anciens professeurs de musique, unis par un même amour des arts, elle jetant sur toute chose un regard lumineux et subtil lui enluminant le quotidien de ses récits cocasses et distanciés, et qui heureux d’une soirée de concert au théâtre des Champs Élysée, prendrait bien un dernier verre avant le coucher, pour s’entendre répliquer avec une douce ironie, «fais comme chez toi».

la conversation sereine du petit déjeuner ritualisé autour d’un œuf à la coque est interrompue pourtant, Anne faisant montre d’une soudaine et inhabituelle paralysie de l’attention, d’une aphasie inquiétante comme un signe avant coureur. Quelques semaines plus tard, opérée de l’artère carotide, Anne regagne son appartement en chaise roulante, paralysée du côté droit, refusant à l’avenir toute hospitalisation synonyme de dépossession. D’abord hésitant, Georges s’engage dans un pacte conforme à l’éthique de solidarité du couple, et consent, en responsabilité au bouleversement des conditions de la vie commune.

Et pour tenter de freiner l’essor de la maladie, Georges devient aide soignant au quotidien, obligeant la patiente à faire quelques pas, l’enlaçant en un tango à la fois digne et pathétique et change un matin sans sourciller, la robe de nuit trempée par une crise d’énurésie. Puis quand les lésions cérébrales s’accentuent et la démence gagne, il faut nourrir le conjoint de purées agrémentées de jus de pêche, donner le biberon, le bain, peigner, poser même les couches culottes, étendre la crème contre les escarres, vaincre les réticences de celle qui encore un brin lucide ne veut plus se nourrir pour en finir puis quand la folie s’accentue, apaiser les plaintes et les angoisses. Le fardeau de la prise en charge continuelle devient si lourd qu’une infirmière vient en renfort puis une seconde bientôt récusée pour inaptitude au dévouement.

Georges s’enfonce peu à peu dans la spirale orgueilleuse d’une prise en charge physique totale, moyennant quelques soutiens extérieurs qui lui vident le portefeuille. Sa propre fille Eva (Isabelle Huppert) témoin gênante de la déréliction du foyer est tenue à l’écart selon une logique mortifère d’auto-protection. L’opulent intérieur agencé pour l’activité intellectuelle et le repos de l’esprit, se vide alors de son sens, donnant le spectacle d’un huis clos sordide et du chaos qu’un cauchemar avait préfiguré en forme d’ultime avertissement du subconscient. Mais Georges est enchaîné à son double, entraîné par son dévouement obstiné, vers la démence! Un pigeon trop curieux devient une sorte de doudou symptôme d’un sentiment de solitude névrosé et le récit de cette capture est consigné dans un cahier d’écolier, révélateur d’un besoin maladif de soliloquer.

A la manière d’un scientifique balayant sous le microscope l’échantillonnage d’un tissu pour en mesurer tous les composants, Michael Hanneke observe et décrit avec une glaçante précision le processus de marginalisation d’un couple qui ne s’est crée que pour lui même, prisonnier de son univers esthétisant, écartant même sa progéniture, réfractaire à l’hospitalisation ou aux enterrements des amis, pratique sociale jugée insane.

Présent tout au long d’une vie de couple, l’amour construit des raisonnements. Comment conclure une existence commune sous la menace d’une pathologie mortelle? Sans enfants, André Gorz fit le choix du suicide avec sa femme Dorine. «Quelques jours de printemps» affiche le même besoin d’un terme provoqué pour demeurer vivant et digne jusqu’au bout. Sous le verre grossissant d’une effroyable caméra, Georges et Anne sont quand à eux, les acteurs consentants d’un drame sordide.

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Quand passent les cigognes

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Réalisé par Mikhail Kalatozov
Avec
Tatiana Samoilova, Alexei Batalov, Alexander Chvorine

Penchés au garde-fou d’un pont sur la Moskova étale sous un ciel lumineux mais lourd, chantant une comptine au passage d’un vol de grues sous les nuages, gambadant et sautillant d’un cœur joyeux comme l’ écureuil entre les arbres d’une promenade, mimant une marelle sur les bandes routières, et, jusque dans l’escalier majestueux du logis, Veronika et Boris encore étudiants, folâtrent amoureusement dans les rues de Moscou par un bel après-midi de Juin 1941. «Quand passent les cigognes» emmène le spectateur dans une sarabande d’images dont le tempo narratif tour à tour léger ou dramatique étincelle et caractérise le film de Mikhail Kalatozov.

La capitale offrant aux amoureux son espace urbain comme terrain de jeux, brutalement doit barricader ses principaux édifices publics de plots d’aciers défensifs, quand l’Allemagne envahit l’Union Soviétique le 22 Juin, contraignant chacun à une prise de position. Boris et Stepan son ami proche, s’engagent dans l’armée rouge, habités par une volonté patriotique qui bouleverse toutes les perspectives individuelles.

Enrôlé pour le front, Boris marche au pas, au point de ralliement sans apercevoir sa jolie fée Véronika qui pourtant court à sa recherche, le long des grilles de la gare, bousculant la foule innombrable de ceux qui se disent adieu. Par quels prodiges la caméra se défait-elle de tous les obstacles pour soutenir une amoureuse au désespoir!

Alors que pleuvent les bombes sur le logis où ils sont seuls, le cousin Mark musicien planqué, amoureux de Véronika la poursuit de ses assiduités jusqu’à ce qu’elle succombe, hébétée, épouvantée et dépassée par les événements, le fracas des obus, les vitres brisées, l’obscurité génératrice d’angoisse. Mortifiée par cet instant d’abandon, elle épouse son séducteur pour se punir de sa coupable trahison.

A Smolensk, Boris recherche pour son bataillon encerclé par les Allemands une issue, dans la boue d’un marécage, portant sur le dos un frère d’arme blessé et boxé un peu plus tôt pour ses supputations graveleuses sur la photo de la sublime Véronika, quand une détonation le couche sur le dos: aux yeux du mourant, les nuages suggèrent alors le voile de la mariée et le défilé d’une noce rêvée en images mentales se projette dans son ultime refuge, le ciel.

A l’arrière, Mark qui anime au piano les soirées friponnes d’apparatchiks embusqués, est chassé par son épouse dégoûtée de tant de veulerie égocentrique quand d’autres compatriotes à la guerre «perdent bras et jambes».

A l’hôpital Fiodor, médecin chef, père de Boris qui a recueilli Véronika, houspille un blessé désespéré par la défection de sa fiancée, en proférant que la trahison de l’épreuve du temps est la marque «des cœurs d’artichaut» indignes des héros soldats.

Cette diatribe qui a la force expiatoire de la tirade de Raimu dans «la femme du boulanger» achève de déstabiliser la jeune infirmière, héroïne culpabilisée prête au terme d’une course folle le long du ballast à se jeter sous un train, filmé en parallèle dans son angoissante progression, quand un enfant perdu sans sa mère, qui manque de périr sous les roues d’un camion, la détourne de son geste, ouvrant la perspective d’une rédemption au service de plus meurtri que soi.

Au retour des soldats victorieux, Véronika en larmes cherche dans la foule son fiancé disparu mais Stépan lui confirme la cruelle vérité et juché sur un wagon harangue la foule de ses concitoyens de propos emplis d’espérance mobilisatrice: la jeune femme apaise sa douleur en distribuant ses fleurs à la cantonade et reçoit l’hommage céleste d’un vol de grues gracieux, image de la fragilité revenant à la vie. l’expérience de la tragédie peut aider parfois à se reprendre en mains.

Sans jamais succomber à l’hagiographie particulière des films de propagande soviétique, quand passent les cigognes s’attache au destin d’une famille moscovite dont le parcours promis au bonheur individuel et à la réussite sociale se heurte de plein fouet aux réalités tragiques de l’invasion allemande, métamorphosant tous les comportements, des plus dignes aux plus lâches. Le classicisme de la dramaturgie, son romantisme aussi sont ici sublimés par la narration cinématographique et son travail d’orfèvrerie, du cadrage des espaces urbains valorisant le scénario, le jeu et la désinvolture prénuptiale, les ruines, la boue, la mort, au rôle du mouvement utilisé comme le ressort du suspense, courses croisées du train et de la jeune femme, marqueur d’un temps joyeux avant guerre, accéléré dans les cœurs lors des départs et des retours et suspendu dans la mort. Il en va également ainsi du vol des grues du début et de fin, symbole d’espérance (la traduction du mot russe n’était pas indiquée pour le titre du film). Une telle maestria digne d’un autre maître du cinéma, Orson Welles, a valu à son auteur la palme d’or au festival de Cannes en 1958. Une palme qui aurait du ouvrir à l’héroïne aux traits si purs une carrière internationale plus légitime que celle de tant de beautés fardées de vanité.

Argo

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Réalisé par Ben Affleck
Avec
Ben Affleck, Bryan Cranston, John Goodman…

Le 4 Novembre 1979, au déclenchement de la révolution iranienne, l’ambassade américaine de Téhéran est prise d’assaut par une foule de manifestants exigeant l’extradition du Chah en échange de la libération de cinquante deux employés pris en otages et menacés de représailles. Le gouvernement Carter subit un camouflet mais, parvenir à rapatrier sans dommages collatéraux, 6 américains réfugiés in extremis à l’ambassade du Canada et talonnés par la police politique, réduirait l’affront.

Un expert en exfiltration de la CIA, Tony Mendez (Ben Affleck) va tenter le coup de poker improbable d’embarquer les fugitifs à l’aéroport, maquillés en équipe de tournage d’un film de Science Fiction «Argo», venue en repérage sur les plateaux montagneux et désertiques.

La marche du monde assimilée à une vaste comédie, c’est en regardant «la planète des singes» à la télévision qu’a jailli l’idée du subterfuge au scénario insensé, (celui du film la vache et le prisonnier), pour déjouer les barrages filtrants de policiers sur les dents avant d’ accéder au vol pour la Suisse, sésame vers la liberté.

Mendez s’introduit en Iran barbu, dissimulé en producteur adjoint autant qu’en disciple du prophète concurrent des ayatollahs, désireux de sauver ses compatriotes, fragile au point d’apaiser dans l’attente, les tensions au whisky, mais solide en action, au point d’observer impavide, le déroulement d’un scénario conçu par lui, au suspense tendu à souhait par la confrontation permanente de l’attente angoissée des réfugiés avec l’environnement étranger définitivement hostile.

Argo séduit par la valeur auto-critique du récit du soutien américain à une monarchie élitiste coupée du peuple et ses dérives illustrées par l’embarquement de tonnes d’or dans les bagages du Chah d’Iran envolé pour un exil aux USA, rompt avec la diabolisation manichéenne en donnant à voir et à entendre le peuple iranien laissé pour compte, attablé à la terrasse des premiers mac do puis contraint à l’exil voire pendu à la flèche d’une grue, tel un trophée d’épouvante.

Il rend hommage à la puissance d’Hollywood, à l’universalité de sa communication, les révolutionnaires les plus zélés succombant ainsi que des enfants à la rhétorique narrative de l’usine à rêves et assoit la primauté de l’individu sur l’institution dont il émane. Pour éviter le ridicule d’un échec, l’opération est annulée, mais Tony Mendez s’affranchit des directives politiciennes cyniques au nom de la responsabilité de l’homme de terrain.

Il faut souligner que, recevant la médaille de la bravoure, le héros dédouane l’administration de son impéritie comme la canonisation de Jeanne d’Arc a corrigé la faute de sa mise à mort sur le bûcher. Argo, le navire des conquérants de la toison d’or est bel et bien un film de propagande à la gloire du héros américain, dont l’image ethnocentrique, s’ épingle dans chaque chambre d’enfant. Sous toutes les latitudes cependant, l’idéologie du surhomme à connotation nietzschéenne est probablement plus sélective que démocratique véhiculant une stratégie de l’impérialisme à visage humain.

Le train siffera trois fois

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Réalisé en 1952 par Fred Zinnemann
Avec
Gary Cooper, Grace Kelly, Katy Jurado, Thomas Mitchell, Lloyd Bridges

Avec ses grands espaces traversés par des convois de colons sous la menace des attaques de peaux rouges et la protection des tuniques bleues, ses troupeaux de buffles ou de bisons, peuplant la vaste prairie, ses cow-boys à cheval et, reliées par la chevauchée des diligences ou saluées par le sifflement du cheval vapeur, des villes en gestation entre les rocheuses, aux prises dès que se polarisent les fonctions urbaines porteuses d’enjeux incarnées par le temple, le saloon, la banque ou la boutique, à des conflits opposant l’ordre au désordre, l’équité ou l’avidité, tranchés dans les rues poussiéreuses, battues par le vent du désert charriant les buissons desséchés, par l’ordalie toujours renouvelée du duel au revolver, le western s’est imposé au cinéma comme l’emblème d’une Amérique qui se fonde dans un théâtre où triomphent les valeurs individuelles.

En épousant Emma Fuller (Grace Kelly) une apôtre de la non violence, William Kane (Gary Cooper) troque l’insigne de chérif pour un avenir de commerçant quaker. Perspective de bonheur aussitôt rebattue: le télégraphiste de la gare annonce par le train de midi, le retour au pays de Franck Miller, un psychopathe sorti de prison flanqué d’une bande de tueurs, venu se venger de son arrestation et refaire main basse sur la ville.

A l’inverse du juge qui fuit avec sa malle pleine des instruments d’une justice encore balbutiante, Kane décide de faire front mais la milice privée lui fait défaut, tétanisée par le danger et sa jeune épouse, heurtée de plein fouet dans son idéalisme pacifiste, le quitte. «Si toi aussi tu m’abandonnes, il ne me restera plus rien» sinon à vivre douloureusement le court laps de temps qui sépare du retour des forces diaboliques. La ville, libérée jusque là de ses démons et quadrillée dans son filet de protection par les pérégrinations scrupuleuses du représentant de l’ordre, devient alors une prison pour lui, quand toutes les portes se ferment, celles du temple comprises, réfugié dans sa prudente neutralité.

La ville de l’ouest est un espace social sans véritable solidarité et son destin oscille entre droiture et luxure, deux manières opposées de prospérer. Mais, dans la tradition du western, l’amour est une force salvatrice, la tenancière du bar le plus recherché, qui fut l’amie de Kane, Hélène Ramirez (Katy Jurado), la femme en noir, quitte une ville en perdition non sans ébranler le dogmatisme de sa rivale, la femme en blanc, passage de témoin entre l’âpre expérience de la brutalité de l’époque et l’innocence rudoyée par elle.

Le courage du chérif est bousculé par une réalité de plus en plus menaçante, à mesure que s’égrainent les minutes, mais à midi, quand le train siffle trois fois, le héros pour vaincre se pare des armes de la ruse, une valeur héritée de la mythologie antique à l’origine de la stratégie du faible au fort, guerrier d’Horace contre les Curiaces. Il faut dire qu’Emma est venue à temps lui prêter main forte, cimentant dans l’adversité l’union du couple, seul pilier tangible dans la société américaine de la conquête de l’ouest.

Le train sifflera trois fois fait l’éloge du couple américain, l’axe majeur d’une idéologie de la réussite et instaure la typologie du héros fragilisé par la défection généralisée de son entourage. Au final, William et Emma Kane qui sont les rescapés victorieux d’une double condamnation, celle des tueurs et celle de leurs concitoyens disparaissent, en laissant la cité à son examen de conscience. La ballade romantique et dépouillée de John William qui accompagne le film a contribué à sa légende.

Quelques heures de printemps

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Réalisé par Stéphane Brizé
Avec
Vincent Lindon, Hélène Vincent, Emmanuelle Seigner, Olivier Perrier, Silvia Kahn…

A sa sortie de prison, sans foyer et sans boulot, Alain Evrard (Vincent Lindon) n’a d’autres ressources que le retour au domicile de sa mère, Yvette (Hélène Vincent) méticuleuse maîtresse d’un pavillon coquet. Ancien chauffeur routier, Alain, parce qu’il opère dans un centre de tri des déchets se sent doublement diminué: dans la demeure de la veuve, le respect de l’étiquette, fumer dehors, ranger sa chambre, essuyer les pattes du chien au retour de la promenade, indique la bonne conduite au quotidien et tient lieu d’unique relationnel.

Atteinte d’une tumeur cérébrale avec métastases, Yvette suit le traitement à la lettre, mais prévenue par des vertiges et des nausées que ses jours sont comptés, envisage, encadré par une association, le suicide assisté découvert à la télévision, plutôt que les soins palliatifs du protocole hospitalier.

Au bowling, Alain attire Clémence (Emmanuelle Seigner) mais, paralysé du langage, incapable de dire sa difficulté présente, échoue à métamorphoser les liens du corps en liens d’esprit, à l’origine des sentiments amoureux durables.

Au foyer maternel, les relations dégénèrent , le fils s’isolant dans la cuisine avec la radio quand sa mère dine dans la salle à manger avec la télévision et le cane corso de compagnie devient l’enjeu d’une sourde rivalité, jusqu’à l’inévitable rupture. Excédé par les reproches implicites, Alain à deux doigts de boxer sa mère se réfugie chez un voisin altruiste, M Lalouette (Olivier Perrier) dont l’empathie naturelle est parvenue à fendre l’univers clos d’Yvette avec laquelle il partage de longue date, des après-midi rituels à base de tasses de café, de jeu de puzzle et de succulentes compotes.

«Quelques heures de printemps», celles qui baignent l’ultime voyage vers le chalet mortuaire Suisse, explore les séquelles de la disharmonie du couple originel entre un père caractériel et brutal aujourd’hui disparu et une mère entêtée, victime des souffrances du passé, repliée sur elle-même dans son refuge domestique. Alain qui s’est identifié au père, a sombré dans une spirale dépressive, emmuré dans ses échecs avec pour seul exutoire, des accès de violence verbale où la fuite pour échapper à l’oppression des évènements.

Yvette s’est construit un univers aseptisé en réaction aux salissures de la vie mais sans réduire les tensions intérieures qui ont migré symboliquement en mélanome cancéreux. La rectitude est une posture de vie, l’ordre et la propreté un rempart, et la maladie ne conduit pas forcément selon elle, à la déchéance paternelle passée si l’on meurt debout au lieu de se laisser tomber par terre: Yvette a fait choix de mourir vivante.

Les « clés » de la maison:

A l’instant de la séparation irréversible, y a t-il des mots pour combler l’abime qui sépare une mère de son fils, des mots qui serviraient de catharsis pour le salut du vivant!

«On est pas là pour être aimés», «Mademoiselle Chambon», «quelques heures de printemps», mieux que tout autre réalisateur, Stéphane Brizé dépeint les silences, les non-dits, les occasions manquées entre des êtres figés dans leur identité et la difficulté dans l’existence de s’accommoder de deux extrêmes, la peur de l’autre à l’origine de l’auto-protection qui sclérose et l’amour d’autrui à la découverte de l’altérité qui enrichit.

Cherchez Hortense

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Réalisé par
Pascal Bonitzer
Avec
Jean-Pierre Bacri, Kristin Scott Thomas, Isabelle Carré, Claude Rich…

La vie familiale de Damien (Jean Pierre Bacri) semblait aussi huilée que son séminaire d’initiation à la mentalité chinoise, une routine pour cadres commerciaux conquérants, jusqu’au grain de sable, la promesse à un couple d’amis, d’aider Zorica une jeune Serbe (Isabelle Carré) plongeuse de restaurant, menacée d’expulsion depuis son divorce. Une intervention du père de Damien, Sébastien Hauer (Claude Rich) Président de chambre au Conseil d’État suffirait à éteindre l’action publique, mais le Haut Magistrat demeure inabordable et le fils, tenu à distance par l’agenda et les lambris dorés du Palais Royal.

Les atermoiements de Damien qui échoue à tenir son engagement, le déconsidère un peu plus aux yeux d’Iva son épouse (Kristin Scott Thomas), metteuse en scène de théâtre toujours séduisante mais frustrée de ne plus se sentir regardée et admirée par un mari enfermé dans sa bulle ritualisée, son doux train-train, flanqué en soirée de ses vieux potes, amateurs de causeries et d’échecs. Victime de son propre narcissisme, la belle Iva s’ invente alors des passions aux forts relents théâtraux, dans les bras de ses jeunes acteurs.

Quand la couche, cet ultime rempart conjugal est désertée, la fausse harmonie de ce couple usé se lézarde brutalement, comme un ciel d’orage, sous le regard lucide, désabusé puis révolté de Noé, le fils unique au prénom prédestiné, livré à lui-même dans la tempête familiale.

Apparente comédie parsemée de bons mots et de situations drôles, «Cherchez Hortense» dresse en fait le portrait d’une bourgeoisie parisienne confondante de médiocrité, préoccupée uniquement d’hédonisme. Le Président Hauer et le Directeur de l’Office d’immigration, Henri Hortense, figurent deux sexagénaires lubriques, dont les hautes fonctions administratives autorisent toutes les jouissances, les meilleures tables de restaurants, ses desserts de glace au thé vert, ses éphèbes serviles toujours disposés hors service, à d’autres raffinements. La bisexualité en haut lieu est un signe de distinction. De telles pratiques escamotent tout ce qui fait lien, la famille, lieu de transmission. Damien et son père l’un comme victime et l’autre comme responsable sont les deux faces d’un même échec, à l’image de ceux consignés dans les traités du Docteur Freud.

Pascal Bonitzer dépeint en vérité, une société malade de son narcissisme et de son individualisme, au goût amer. Il révèle, des services au sommet de l’État dévoyés, incapables d’accomplir l’idéal pour lequel ils étaient conçus. Sous les ors de la République, un cas d’expulsion dramatique y est tenu par le mépris. Les familles bourgeoises se désarticulent, entraînant un questionnement identitaire valétudinaire. Bonitzer résout l’équation en cherchant pour le héros de cette histoire, un point d’appui, du côté négligé jusque là, celui du cœur.

The deep blue sea

the deep blue sea affiche 2

Réalisé par
Terence Davies
Avec
Rachel Weisz, Tom Hiddleston, Simon Russell Beale…

Aux lendemains de la deuxième guerre mondiale, la haute société londonienne retrouve son apprêt et ses convenances, la traditionnelle cup of tea familiale de 16 heures, les parties de tennis ou de golf caractérisant une appartenance de classe et Sir William Collyer, haut magistrat réputé est le parfait représentant de sa caste. Sortie des tourments de la guerre, son épouse Hester le quitte néanmoins pour vivre une passion tumultueuse avec un pilote héros rescapé de la Royal Air Force, Freddie Page, séducteur désargenté confronté à la difficile recomposition de sa vie à l’issue d’une étape aussi glorieuse que pleine de dangers et qui s’oublie en rires en chansons et en frivolités dans les tavernes.

C’est pour Hester l’abandon d’une vie aristocratique et son cadre princier contre un appartement meublé et équipé de compteurs à sous, dans un immeuble collectif mais où se reflètent à chaque étage, des vies qui ne sont pas régies par la convention, mais par la compassion, l’entraide et la solidarité, valeurs humanistes qu’il est au contraire de bon ton de taire dans le tissu de la société bourgeoise de l’époque pour ne jamais dévier de l’étiquette, garante d’un ordre matériel et moral.

Mais entre Hester et Freddy aussi entièrement exaltés l’une, par le vécu de sa passion dévorante que l’autre, par le souvenir aphrodisiaque des combats aériens où l’on côtoie la mort chaque jour, il n ‘y a pas de cristallisation possible de leur relation dans une normalité sereine. Le jour de son anniversaire, Hester fait une tentative de suicide, meurtrie par l’omission de son amant, et tirée d’affaire par l’humaine attitude de ses voisins.

C’en est trop pour l’amant blessé par ce chantage affectif outrancier qui rompt pour s’expatrier en Amérique du Sud, inapte à assumer un amour aussi enveloppant.

Le film de Terence Davies débute par un acte manqué mortifère et s’achève par une vision de Londres à travers la vitre d’un appartement, ses ruines proches, terrain de jeux des gamins symbole de renaissance. L’âme humaine comme la ville, meurtries, mettront du temps à cicatriser, rescapées de la mort et de la nuit.

The deep blue sea explore l’entrelacs des rapports amoureux unissant la femme, le mari et l’amant, un triangle emblématique d’une société mise à l’épreuve, bousculée dans son fondement, le mariage!

Blessé dans cette adversité, le mari demeure le parangon de dignité vivant dans l’espoir que le soufflet du désir d’échappatoire de son épouse retombe comme une illusion, consacrant même son romantisme foncier en lui offrant par exemple un recueil de sonnets et devinant bien que l’amant désertera bientôt le terrain miné de la passion puisqu’il choisira la rupture et l’action galvanisante dans un autre continent.

Hester veut s’affranchir des privations du passé en s’accrochant au mirage d’une passion totale vécue sur le principe de l’adoration jusqu’à l’entêtement, un système idéalisé au sein duquel toute icône ne peut que déchoir et le lien se rompre dans la tragédie, victime des errements de l’orgueil jusqu’au-boutiste.

En contenant la douleur pour ne pas apparaître en suppliante, Rachel Weisz soulevée puis brisée dans son élan vital donne un visage sublime à ce drame à inscrire dans le sillon des œuvres où la sensibilité s’exerce à fleuret moucheté (la princesse de Clèves, l’amant de Laddy Chaterley) ou celles chorégraphiant l’émotion et la souffrance amoureuse (Madame Bovary).